25. Perdu en Slovaquie

 


1. Šahy et Nitra
3. Perdu dans la foret
3. Cours de géo à Skalica

1. Šahy et Nitra


Pour la cinquième fois cette année, je passe la frontière Slovaque. Après une journée de vélo sans surprise dans la grisaille et le vent, j’arrive à Šahy et je retrouve Zsuzsanna, cette prof de hongrois qui m’avait hébergé à la dernière minute après 3 jours de flotte en avril dernier, je voyageais alors avec Vookie. Zsuzsanna est toujours aussi généreuse. Nous discutons toute la soirée en buvant du thé.

Après une courte nuit, je reprends la route en direction de Nitra, une centaine de kilomètres au nord-ouest. Aujourd’hui encore il pleut et dans la grisaille, la campagne slovaque m’apparait tristement monotone. A midi je m’arrête dans une hospoda pour me remplir la panse, le genre d’endroit sans artifice où le menu du jour coûte 2.80€. Le soleil pointe finalement le bout de son nez un peu avant mon arrivée à Nitra et aussitôt mon humeur s’ensoleille 🙂

Nitra ne manque pas de charme, je tournicote dans ses ruelles avant de rejoindre Ivan, un couchsurfer qui a accepté de m’héberger. Ivan vit avec sa femme mais elle est absente ce soir alors il me propose de sortir avec ses potes. Au programme, sauna chez ses parents puis un bon resto, ça ne se refuse pas ! Au restaurant, je regarde la carte avec délectation : sanglier avec sauce chasseur à 5 euros ! Les potes d’Ivan me disent que la serveuse travaille de 6h du mat à 22h30 non-stop. Malgré cela elle garde le sourire. Le gouvernement slovaque est en train de tomber car ils ne veulent pas participer au plan de sauvetage de la Grèce, la discussion s’enflamme un peu : “Pourquoi les Slovaques devraient-ils donner de l’argent aux grecs alors que les grecs gagnent 3 fois plus ? Ça n’a pas de sens ! Ici les gens triment pour gagner parfois moins de 300€ par mois !”

Le lendemain matin Ivan part travailler tôt mais il me laisse les clés de son appartement pour que je prenne le temps de déjeuner. Certes le vent, la pluie et le froid me gâchent un peu ces quelques jours en Slovaquie, mais comme toujours en Slovaquie, les Slovaques que je rencontre sont sincères et généreux.

2. Perdu dans la forêt


Sur la route, j’ai à nouveau le vent de face et il fait de plus en plus froid. Je me réchauffe avec quelques cafés malgré la nullité stellaire de la musique diffusée dans la plupart des cafés. J’essaie comme d’habitude d’éviter les grands axes, je préfère passer dans les villages où les gens sont plus souriants et me saluent.

Lorsque j’arrive à Dechtice, je suis face à un dilemme. Si je continue tout droit, c’est un cul de sac d’après ma carte mais il me suffit de trouver une façon de traverser les collines sur une dizaine de kilomètres et en toute logique il devrait y avoir un chemin. Si je prends à gauche par contre, je vais faire un détour et rejoindre une nationale probablement plein de camions pendant des kilomètres… Je demande à un vieux s’il est possible de traverser les collines et il me confirme qu’il y a bien un chemin alors je pars tout droit. Arrivé au dernier village sur ma carte, je trouve effectivement un chemin de terre qui semble mener dans les collines. Un peu plus loin une grand mère qui se promène sous la pluie m’explique comment traverser : “Rovni, pak vlevo, a pak velka tabla, taky rovni a jeste do prava…”, le Slovaque ressemble assez au Tchèque pour que je puisse comprendre les directions mais ce qu’elle me raconte me parait assez compliqué. Après quelques kilomètres j’arrive au croisement indiqué par la grand mère, je dois aller tout droit mais il y a deux chemins qui vont tout droit alors j’en choisi un au hasard…

A travers la forêt, tout va bien tant qu'il n'y a qu'un chemin...

Un peu plus tard dans la forêt, j’arrive à nouveau à un croisement et cette fois je dois prendre à droite d’après la grand mère mais le chemin de droite monte trop. Il pleut et pousser mon vélo surchargé dans la boue et sur les feuilles mouillées est une galère sans nom. Impossible de prendre à droite alors je vais tout droit…

... mais aux embranchements, ça se complique...

Suivent d’autres carrefours, je sais que je ne suis probablement plus sur le bon chemin alors je prends tantôt à droite tantôt à gauche en essayant de maintenir le même cap. A chaque bifurcation j’essaie de me rappeler où je tourne au cas où je devrais faire demi-tour. Le chemin ne cesse de monter, mes roues s’enfoncent dans les ornières, je glisse et tombe… Il pleut. J’ai froid. Je suis plein de boue. Je me sens con. Il va bientôt faire nuit… Finalement ce n’était peut-être pas une si bonne idée. J’arrive ensuite à une descente assez abrupte, je descends en dérapant. Je sais que je ne pourrai pas faire demi-tour dans cette boue alors je croise les doigts pour que mon intuition soit la bonne…

... et finalement j'étais complètement perdu !

… et bonne elle fut ! Une heure plus tard la forêt se dissipe et j’arrive dans un champ, un clocher en vue. je suis sorti !

Mon vélo aux couleurs d'automne

Dans le village voisin, je demande à une fille si je suis bien à Hradiště. Elle doit me prendre pour un cinglé d’avoir traversé la forêt avec mon harnachement par un temps pareil mais au moins elle se marre…

De retour sur l'asphalte

Je m’arrête à Selenica pour manger une pizza, la serveuse ne cesse de regarder mon vélo. Derrière elle, un poster d’Istanbul, le Bosphore, j’ai du mal à croire que j’étais en face de ce pont il y a à peine trois semaines… A mon tour je regarde mon vélo chargé, dehors il fait nuit. Il me reste une cinquantaine de kilomètres à pédaler dans l’obscurité avant de rejoindre Skalica où je suis attendu par Peter. Ce qui est devenu ma routine doit paraitre complètement fou à la plupart des gens…

Pendant les derniers kilomètres avant Skalica, je traverse des collines dans le noir complet. Je pédale en silence entouré de vide. Lorsque je croise une voiture, les phares créent dans la brume un voile lumineux dans lequel la silhouette des arbres se découpe d’une façon presque mystique.

Une voiture passe et dessine la silhouette des arbres dans la brume...


3. Cours de géo à Skalica


Il est tard lorsque j’arrive à Skalica, mais l’accueil de Peter, professeur de géographie à l’école du village, n’en est pas moins chaleureux. Nous discutons une partie de la nuit et il me propose de faire une conférence le lendemain matin pendant son cours de Géo : “Les gamins vont être content, ils devaient avoir un test !”.

Skalica, à quelques kilomètres de la frontière tchèque

Le lendemain matin, Peter m’offre deux DVDs de films slovaques et m’invite dans son école. Vers midi, je prends la route pour Brno en république Tchèque, dernière étape cette année avant un repos bien mérité.

<< article précédent article suivant >>
 Posted by at 9:46 pm

 Leave a Reply

(*)

(*)