24. Un peu de Hongrie sous la pluie

 


1. 192 kilomètres de vent et de pluie
2. Une barbapapa à Salgótarján

1. 192 kilomètres dans le vent


Parti d’Oradea (en Roumanie) tôt ce matin, je comprends dès les premiers kilomètres que la journée sera difficile, je dois affronter un terrible vent qui souffle du sud-ouest. La route que j’ai prévu de suivre pour rejoindre Mezőkövesd est interdite aux vélos (comme d’habitude en Hongrie) alors je décide de bifurquer vers le nord pour me rendre à Debrecen par une plus petite route. Ce sera plus long mais pendant un moment j’aurai le vent dans le dos et je peux rouler sans me fatiguer à 35 voire 40 km/h !

Les villages hongrois me paraissent si propres et si organisés par rapport au chaos des villages roumains que j’ai l’impression d’avoir été parachuté quelque part en Allemagne. Pas grande surprise ce matin. Après 80 kilomètres j’arrive à Debrecen et je trouve enfin une banque pour retirer de l’argent et me mettre quelque chose sous la dent. Dans les boutiques, mes quelques rudiments de hongrois font bien rire les vendeuses… Je ne traine pas car je dois encore parcourir plus de 100 kilomètres avant Mezőkövesd ! Je connais la région, elle est plate, mais avec ce satané vent de face je vais galérer…
Un moment je pense même abandonner et appeler Zsuzska pour lui dire que je ne peux pas le faire aujourd’hui mais je me sens trop bête. Elle est revenue de Budapest chez ses parents à Mezőkövesd pour m’accueillir ce week-end, je ne peux pas lui faire ça alors je persévère, je pousse sur les pédales, je crie de rage dans les rafales, et quand j’en ai marre de crier je m’empiffre de gaufrettes 😉

Traversée de la grande plaine hongroise, parc national de Borsodi

Cette dernière semaine en Roumanie a placé la barre très haut. La traversée du parc national de Borsodi est le seul endroit que je trouve intéressant sur ma route aujourd’hui. Ceux qui suive mes aventures se rappelleront que j’avais campé dans ce parc national en avril dernier. Pédaler à nouveau sur des terres connues me fait prendre conscience combien ce monde est petit. Le parc est une réserve naturelle, de grandes étendues dorées par le soleil. Des oiseaux me survolent, batifolent dans le vent et se foutent pas mal de moi… J’aperçois de temps à autre des bergers entourés de leurs troupeaux de chèvres ou de moutons et quelques fermes telles des ilots au milieu du vide de la plaine.

Une grange dans le parc national de Borsodi

La route s’arrête brusquement sur la berge de la rivière Tisza. Pas de pont mais un bateau sur lequel j’embarque bien content d’avoir retiré un peu d’argent à Debrecen.

La route s'arrête ici, il faut traverser la Tisza

Au crépuscule, je me retrouve sur une route que j’ai prise en avril. Petit moment de nostalgie, c’était mes premières journées de soleil. Je reconnais même le talus sur lequel j’avais révisé les chiffres en hongrois.
40 kilomètres me séparent encore de Mezőkövesd. Deux heures et demi pendant lesquelles je continue malgré la fatigue à pédaler telle une machine dans la nuit et sous une pluie battante.
Après 192 kilomètres, exténué et trempé, j’arrive enfin chez Zsuzska. Quel plaisir de revoir cette famille où j’avais été si bien accueilli en avril !

2. Une barbapapa à Salgótarján


Après un jour de repos bien mérité en compagnie de Zsuzska et Michele, je reprends la route vers l’ouest. Avant d’arriver à Eger, je reçois un message énigmatique : “I will save you.” signé Margit. Je ne connais pas de Margit… j’appelle… Un femme m’explique dans un anglais approximatif que je suis le bienvenu chez eux ce soir à Salgótarján et je me rappelle avoir envoyé une requête Couchsurfing à une famille sans trop y croire. Je ne vais donc pas dormir dehors ce soir !

Il y à 6 mois, lors de mon premier passage à Eger, j’avais beaucoup apprécié cette petite ville mais cette fois je ne m’arrête pas. La route pour Salgótarján est assez vallonnée et passe dans la forêt. Il fait froid, il pleut et il me tarde d’arriver…

Un brin de soleil entre deux averses

Après 10 kilomètres sur une route interdite au vélos j’arrive enfin à Salgótarján. Je demande ma route à deux filles qui décident de m’accompagner même si elles ne parlent pas anglais. En l’espace de deux minutes j’ai épuisé l’intégralité de mon vocabulaire hongrois et nous marchons côte à côte en silence. Lorsque nous arrivons à l’adresse indiquée, je les remercie mais elle ne partent pas, elles attendent avec moi… Je ne comprend pas. Lorsque Margit ouvre la porte, les deux filles se mettent et lui parler puis Margit me regarde étonnée :
“Seras-tu là vendredi?”
“Ah non je repars demain…”
Je ne comprends toujours pas, j’ai froid, je veux rentrer et ces pipelettes papotent… Lorsque finalement elles partent, Margit m’explique en rigolant : “Elles voulaient seulement coucher avec toi”

Margit vit avec son mari Zoli et ses deux enfants Vergö et Péter âgés de 10 et 17 ans. Toute la famille est aux petits soins, me sert à manger, à boire et me pose mille questions. A la fin du repas, Vergö s’applique à me faire une barbapapa avec sa machine à barbapapa puis nous jouons à un étrange dans lequel il faut lancer des petits cochons et compter ses points en hongrois. Cette famille est un peu atypique mais ils sont adorables et les enfants étaient très heureux d’héberger un voyageur.

Le lendemain matin je pars en direction de la Slovaquie. Comme ces derniers jours, il fait à peine 5 degrés, j’ai le vent de face et je pédale dans un grisaille monotone en grignotant de temps en temps un biscuit…

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