22. Bulgarie

 


1. Un aperçu du Bulgaristan
2. Le col de Shipka
3. Gabrovo, retour à l’époque communiste
4. Accompagné d’un barbu en monocycle

1. Un aperçu du Bulgaristan


Il fait déjà nuit lorsque je passe la frontière du « Bulgaristan », c’est ainsi que les turcs appellent la Bulgarie. Je n’ai pas de carte de la Bulgarie alors je roule plus ou moins tout droit et demain je m’orienterai avec le soleil.

Alors que je traverse un village, j’entends des trompettes et des accordéons. Rien de tel qu’une fête rurale pour fêter mon arrivée en Bulgarie ! Assis sur un banc avec un bout de pain, je regarde le spectacle, des jeunes filles sexy se trémoussent en culottes fluo puis des dames âgées chantent et dansent en farandole enveloppées de grandes robes en dentelle. Personne ne m’adresse la parole ni ne prête attention à moi, quel contraste avec la Turquie ! Cette nuit je trouve repos dans un petit coin d’herbe non loin de la route. Au milieu de la nuit, réveillé par des voix j’ouvre l’œil et j’aperçois des silhouettes qui marchent sur la route avec une lampe. Je ne bouge pas d’un poil et je me rendors…

Depuis que je ne roule plus vers l’Est, j’ai le soleil dans le dos chaque matin et du coup je suis tout déréglé, chaque matin j’ai l’impression d’être le soir ! Sur la route, je fulmine contre les chauffards bulgares. Je viens de me faire doubler par un camion qui lui-même se faisait doubler par un camion et quelques minutes plus tard un taré en bagnole a doublé une file de cinq camions avant un virage ! Les gens sont malades ! Sur mon vélo je passe mes journées à voir des chiens déchiquetés, laminés, aplatis, broyés, réduits en un vulgaire tas de viande, et je ne compte plus les pierres tombales… d’ailleurs j’en profite pour placer cette petite photo.

Il était une fois un jeune couple… (en mémoire de tous ceux dont j’ai vu les pierres tombales sur la route)

Un panneau m’indique que la route sur laquelle je roule est maintenant une autoroute. Je roule sur la bande d’arrêt d’urgence et je me sens nettement plus en sécurité que sur la plupart des routes. Après une vingtaine de kilomètres je quitte l’autoroute pour une petite route de campagne histoire de ne pas me payer une prune, d’ailleurs je n’ai toujours pas d’argent bulgare. Entre les villages, je croise des gitans sur des charrettes tirées par des chevaux, quelques vieilles bagnoles, j’aperçois des décharges, le pays semble plus pauvre que l’ouest de la Turquie.
« Pnûûûûûûûûûûûûû ! »
Encore un connard qui me frôle à une vitesse folle et qui klaxonne comme si la route était à lui alors qu’il n’y a personne en face !

L'âne et l'usine

Je fais une pause café à Harmanli et j’en profite pour réparer mon pneu qui est à nouveau crevé. Après avoir jeté un coup d’œil à la carte de Bulgarie sur internet je repars à travers la campagne.

Un brin de campagne bulgare

Les villages de gitans le long de la route me rappellent la Slovaquie. Je dépasse une famille à cheval. Sur la charrette sont assis trois gamins dont une fillette toute nue, sale et toute décoiffée mais avec un visage d’une beauté sauvage. Je viens très probablement de rater le plus beau portrait de mon voyage…

Une maison dans un village rom

Alors que je passe à coté d’un village de gitans, des gamins sur le chemin en contrebas me font signe de venir. Je fais demi-tour pour aller à leur rencontre. Un adulte avec eux me pose quelques questions mais les gosses paraissent finalement plus intéressés par ma sonnette en forme de tortue que par mon voyage. Peu importe, je suis heureux d’être là, de ne pas être de ceux qui passent leur route en ignorant les gitans comme le font les locaux…

Des enfants dans un village rom

Un peu plus tard, je crève à nouveau ! Je profite d’un muret en face d’une maison pour réparer ma roue et une femme sort, s’approche et me dévisage mais ne me répond pas lorsque je lui dis bonjour. Je déteste ce genre de comportement alors je répète mon bonjour mais elle ne répond toujours pas, elle ferme sa grille a double tour probablement de peur que le saltimbanque que je suis ne s’introduise chez elle pour lui voler un nain de jardin. Un peu plus tard son mari revient, un vieux grognon qui ne me dit pas bonjour non plus. Il s’énerve car la gille est fermée, gesticule, tempête et crie mais personne ne vient ouvrir alors il retrousse son pantalon et escalade la grille comme il peut tandis que je rigole intérieurement. Je me demande comment les gitans peuvent ils être encore aussi bons alors qu’ils sont constamment confrontés à ce genre d’exclusion.

No comment 🙁

Sur la route de Stara Zagora, je me fais suivre par 3 gros chiens, je m’arrête et leur crie de rentrer à la niche. Ca marche d’habitude mais cette fois ci ils reviennent à la charge dès que je remonte en selle alors je marche jusqu’à ce qu’ils soient plus fatigués que moi…

Une fois la nuit tombée je cherche un endroit où dormir. A chaque fois que je m’enfile dans un chemin de bois, je fais demi-tour car je flippe qu’il y ait une maison et des chiens. Je n’ai pas envie non plus de rouler trop longtemps de nuit avec ces chauffards alors je bifurque finalement sur un chemin de terre et installe à l’aveuglette ma bâche entre des ronces dans la forêt. Pas trop rassuré ce soir, je dors avec mon opinel et mon pepper spray.

2. Le col de Shipka


Le lendemain matin, mon thermomètre affiche 11 degrés ! Je n’ai sur moi que mon sac de couchage d’été dont la température limite est justement 11 degrés. A ce rythme là, je risque de me cailler méchamment avant d’arriver en Moravie !

Alors que le soleil est à peine levé, je quitte la route pour visiter Stara Zagora. Quelques feuilles jaunies mettent un brin de couleur dans ce monde de vieux immeubles grisâtres. Je ne vois que des visages blafards aux regards tristes, aucun sourire, aucune étincelle de joie, je sens un vide immense dans le cœur des gens. Que s’est-il passé ici ?!
La Turquie me manque…
Au détour d’une rue je mange une pâtisserie trop grasse puis pédale vers le centre ville. Il n’y a aucun panneau et je ne trouve pas le centre, tant pis pour Stara Zagora, je passe ma route et continue en direction des montagnes.

Clope au bec sur sa charette

J’aurais besoin d’une bonne douche et justement je trouve un robinet derrière un resto alors j’en profite pour me laver et laver l’intégralité des mes fringues. Ca sèche en un clin d’œil, j’attache le reste sur le vélo et continue ma route vers les montagnes qui avaient tout de même l’air plus petites ce matin sur Google Map.

Un route en direction de Shipka

Avant l’ascension du col de Shipka, je m’arrête un instant dans la ville éponyme pour y faire quelques courses. Un groupe de motards attablés à une terrasse me saluent et je décide de boire une bière avec eux. Ils sont Roumains, Bulgares, Turques, Anglais, tous motards sauf un, un grand barbu Français qui me dit :
« Moi, je voyage en monocycle ! »
J’ai failli éclater de rire, d’ailleurs je pense qu’il adore ce moment où les gens le regardent incrédules car effectivement Pierrick voyage en monocycle ! Il a entrepris il y a 3 mois de faire le tour de la mer Noire sur une roue et il est sur le point de terminer sa boucle. Aujourd’hui il est en balade avec des motards qu’il a rencontrés dans un camping. Comme Pierrick va aussi en Roumanie, nous nous mettons d’accord pour nous retrouver demain à Véliko Ternovo et faire un bout de chemin ensemble. J’ai besoin de casser un peu ma solitude dans ce pays où absolument personne ne m’adresse la parole. Comme il se fait tard, je laisse les motards et j’entame l’ascension du col.

L'ascension du col de Shipka

Une demi-heure avant le sommet, alors que je suis arrêté pour piqueniquer, une famille brise le silence et m’offre du pain, des tomates, du fromage et du vin. L’homme parle français il me dit :
« C’est bien que vous n’ayez pas peur en Bulgarie. Il n’y a pas de raison d’avoir peur ».
1206 mètres : je passe le col alors que le soleil vient de se coucher. Pas question de trainer, je file dans la descente à la recherche d’un coin où camper. 15 kilomètres plus loin je m’installe dans un champ et pose ma tente car il fait trop froid…

Une nuit en tente avant Gabrovo


3. Gabrovo, retour à l’époque communiste


J’ai eu froid toute la nuit et je peste contre l’humidité qui recouvre la tente. Même mes fringues sont humides… J’essuie tout avec une serviette et une heure plus tard je termine la descente jusqu’à Gabrovo. Assis à un café dans une rue presque déserte j’apprends que ma tante est décédée d’un cancer mais cette nouvelle me parait irréelle. Lorsque je l’ai vue il y a 8 mois elle paraissait en pleine forme…
Face à la mort d’un proche, je me demande un moment si mon existence sur la route a un sens… Je ne sais pas, mais je sais que cette mascarade qu’est vie quotidienne où chacun va au boulot en attendant impatiemment le weekend me parait bien plus futile que mon aventure.

Dans les rues de Gabrovo, causette d'un dimanche matin

Gabrovo est une petite ville morne où le temps semble s’être arrêté bien avant la chute du communisme… Certains visages semblent tout droit sortis d’un film sur l’union soviétique. Je ne résiste pas et m’installe dans la rue pour prendre quelques portraits.

Dans les rues de Gabrovo

Dans les rues de Gabrovo

A la sortie de Gabrovo, je fais une petite pause et prépare un sandwich assis sur un trottoir faute de mieux. Soudain une voiture passe dans une flaque à quelques mettre de moi, je tourne la tête et aperçois un intense arc-en-ciel dans la myriade de gouttes qui s’abattent sur moi. Ridicule ! Je suis trempé, mon sandwich foutu, je pars m’asseoir un peu plus loin…

Les statues communistes aux visages ciselés n’inspirent guère la joie de vivre


4. Accompagné d’un barbu en monocycle


En fin d’après midi, je retrouve Pierrick et son monocycle. Située à flanc de colline, Veliko Ternovo est assez touristique et j’y déniche une carte postale tellement moche que je demande à la vendeuse si elle veut bien me l’offrir. Probablement surprise par mon intérêt pour cette escarbille et par mon compagnon barbu en monocycle, elle me l’offre avec plaisir.
Carte en main, nous partons gaillardement en recherche d’un coin pour la nuit. Un petit chemin de bois puis un coin plat où poser la bâche, nous allons dormir là ! Entouré des arbres, nous cuisinons des pâtes en parlant de voyage : « T’as vu des chacals sur la route ? »
Moi : « Ah mais les trucs écrasés qui ressemblent à des gros renards… c’est des chacals !? »
Pierrick : « Bah oui, on les entend souvent pendant la nuit en Bulgarie. »
Moi : « Ah ben oui, j’en ai vu alors… »
… et après quelques bières et moult bavardages de ce type, nous sombrons dans le sommeil tel de joyeux vagabonds.

Le lendemain nous cheminons ensemble vers le nord de la Bulgarie. N’ayant qu’un seul plateau, Pierrick roule constamment à 14 km/h, sur le plat, en descente et en montée ! Ca pose quelques petits problèmes de synchronisation mais quand j’ai envie de rouler un peu plus vite je prends de l’avance et fait des photos…

Pierrick et son monocycle

Sur la route, Pierrick me vole la vedette à tel point que j’ai l’impression de voyager avec une star. Les voitures nous doublent puis s’arrêtent sur le bas côté pour nous regarder passer ou filmer Pierrick sur leurs mobiles. Lorsqu’on s’arrête, les gens le regardent abasourdis et nous montrent du doigt… enfin lui, parce que moi je passe inaperçu… mais inaperçu ou pas, lorsque des petites vieilles nous offrent des chips, j’en profite quand même ! 🙂

Le plus drôle est indéniablement le look de Pierrick lorsqu’il revêt son caleçon de vélo qu’il porte à l’envers pour se protéger davantage les parties intimes. Cet accoutrement lui donne l’air d’avoir deux paires de chaussettes dans le slip. Je ne peux me retenir de rire lorsque, à chaque fois qu’il entre dans une boutique, les vendeuses interloquées ne cessent de regarder sa barbe et surtout sa singulière protubérance.

Pierrick double une charrette sur la route de Ruse

Nous nous arrêtons à Polski Trambesh pour y dénicher une pharmacie car Pierrick à une rage de dent que même mon Tramadol ne parvient pas à apaiser. Installés à la terrasse d’une gargote un brin crasseuse, nous faisons la connaissance d’un anglais (plutôt moche) et de sa copine Bulgare (carrément jolie). Nous échangeons quelques banalités puis il s’en va… Pierrick me dit qu’il a rencontré beaucoup d’Anglais comme lui en Bulgarie.

Scène de rue à Polski Trambesh

Nous cheminons encore un moment avant de nous arrêter à la tombée de la nuit dans un champ le long d’une rivière. A peine installés, nous avons un visiteur : un imposant taureau noir tourne autour de nous. J’essaie de convaincre Pierrick qu’il vaudrait mieux déguerpir et s’installer ailleurs, surtout que ma tente est rouge mais lui me rétorque sereinement qu’il n’est pas dérangé par la compagnie du taureau pour la nuit… Lorsque l’animal commence à frapper de la patte, je lève l’encre et souhaite bonne nuit au valeureux Pierrick qui décide finalement de me suivre 😉

Une jolie nuit vers la rivière...

... d'accord mais pas avec lui !

Nous passons une nouvelle fois la nuit dans la forêt et le lendemain nous continuons notre route vers le nord. Pierrick a trop mal aux dents pour continuer à pédaler alors je le laisse se reposer et continue seul. La route est vallonnée et comme d’habitude les camions me frôlent et parfois me déchirent les tympans à grands coups de klaxons. Après deux heures je crève à nouveau. Cette fois je décide de changer toute la chambre à air à l’ombre d’un arrêt de bus. Bientôt arrivent quelques spectateurs dont un étonnant grand père arborant fièrement une casquette « playboy ». A Ruse, dernière ville dernière ville avant la Roumanie, je dévore un pot de Nutella puis je traverse le Danube, énorme, sur un pont long de presque 3 kilomètres !

De l'autre côté du Danube m'attend la Roumanie


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  One Response to “22. Bulgarie”

  1. Finalement, j’arrive enfin à poster un commentaire !

    Encore une fois, superbe article, et j’étais content d’en savoir un peu plus sur l’aventure avec mon cousin, c’est vrai que ça devait être un drôle de spectacle pour les riverains de voir passer un gars en mono ^^

    Je vais certainement passer une bonne semaine en Bulgarie, j’espère que je n’aurai pas autant de mésaventures et que le contact sera plus facile avec les gens, mais au pire tant pis, je ne pense aps y rester très longtemps, la Turquie m’attends ! 🙂 Et c’est vrai que de plus en plus le long des routes je vois des croix des accidentés de la route. Malheureusement d’un pays à l’autre leur conduite est de plus en plus difficile et dangereuse !

    J’ai trèèèès hâte de lire (ton article sur la ) (et d’être) (en) Roumanie ! Bonne chance dans la suite des préparatifs

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