20. Turquie jusqu’à Istanbul

 


1. Le vrai sens du mot “hospitalité”
2. L’enfer qu’on attendait : L’arrivée à Istanbul
3. Istanbul
4. Tina s’en va

1. Le vrai sens du mot “hospitalité”


Il est midi quand nous passons le poste de frontière. En plein soleil, nous commençons notre épopée sur l’autoroute qui nous mènera jusqu’à Istanbul. Nous redoutons l’arrivée à Istanbul que beaucoup de voyageurs à vélo décrivent comme un des endroits les plus dangereux de la planète. Nous sommes à 300 kilomètres d’Istanbul et pour l’instant, il y a très peu de trafic mais un fort vent de face qui nous empêche d’avancer. Nous calculons que nous pourrions doubler ou tripler notre distance journalière si le vent soufflait en sens inverse. Nous devons pédaler même dans les descentes pour dépasser les 20 km/h.

Et c'est parti pour 300 kilomètres d'autoroute ! pour l'instant c'est tranquille...

Bien que nous roulions sous un soleil de plomb dans un paysage monotone, nous sommes heureux d’être en Turquie. En regardant ce paysage, j’ai la sensation de changer d’échelle, devant nous s’étend l’Asie, les grands espaces…

La mosquée de Keşan

En fin d’après midi nous arrivons à Keşan, la première ville sur notre route. Nous avons hâte de remplir nos sacoches avec des produits locaux, de bon pain turques, d’épices, etc.

Keşan est une ville quelconque, très européenne mis à part l’imposante mosquée qui trône sur une des places. Nous passons devant un tout petit resto qui ne paye pas de mine mais les serveurs sont très souriants, ils nous montrent tout ce qu’ils cuisinent et les plats coutent une misère comparés aux prix en Grèce. Nous nous remplissons la panse avec en prime le sentiment d’avoir mangé sans le meilleur petit resto de la ville, le service était super et le thé gratuit comme il est d’usage en Turquie.

Nous ne pourrons pas dormir à l’arrache à Istanbul alors il nous faut trouver dès maintenant des gens qui nous hébergeront, mais avant cela nous devons trouver internet ! Je suis parti demander à un mec, qui m’emmena en voir un autre, puis un autre, et j’ai enfin trouvé un PC avec internet au deuxième étage d’un immeuble. Ok ce n’est pas vraiment ce que je cherchais… une heure plus tard je reviens voir Tina qui m’attendait dans un parc en se demandant où j’étais passé. Impossible de monter nos vélos à l’étage mais en nous promenant au hasard des rues avec notre mini PC allumé, nous avons finalement trouvé internet par hasard depuis un trottoir en face d’une boutique. Nous l’avions déjà fait à Mokra Gora en Serbie et je sens que nous allons le faire de plus en plus.

Les cuistos de Keşan

Dans la nuit, nous essayons de retrouver la route par laquelle nous sommes venus mais nous nous perdons dans la ville. Des gens fêtent un mariage et nous font signe d’approcher. Nous approchons puis nous déguerpissons quand nous nous retrouvons entourés d’une vingtaine de gamins trop agités. Nous sommes maintenant dans un coin paumé, sorte de bidonville, les rues sont défoncées, sales et mal éclairées, les quelques gens qui sont encore dehors arrêtent leurs conversations et nous fixent en silence dès qu’ils nous aperçoivent, la banlieue n’est visiblement pas souvent visitée par les cyclotouristes ! Les gamins quant à eux nous courent après en criant pour que nous nous arrêtions mais si nous nous arrêtons, ils se mettent à toucher à tout sur nos vélos. Où sommes-nous ? Nous rebroussons chemin, retrouvons le mariage et prenons une autre direction…

Il est minuit quand nous retrouvons enfin l’autoroute, le vent s’est calmé et ce serait un plaisir de rouler avec des températures plus douces si nous n’étions pas si fatigués mais nous sommes exténués. Nous n’avons pas eu un brin de confort depuis deux semaines et ce soir nous roulons depuis des dizaines de kilomètres dans l’obscurité sur cette route monotone ponctuée de stations services. L’incertitude de trouver un endroit où dormir est parfois pesante. Ma pédale droite craque bizarrement pendant 10 minutes puis s’arrête définitivement de tourner. Le roulement est bloqué ! Il n’y a rien à faire, je vais devoir pédaler avec une pédale fixe en priant pour que la route ne grimpe pas trop… Tandis que je galère avec ma pédale, Tina se sent faible. Je pose ma main sur son front, elle a de la fièvre. Il faut s’arrêter, mais où ? Tandis que nous continuons notre route à la recherche d’un endroit où camper, je remarque mon vélo se déporte bizarrement. J’inspecte mon pneu, je suis à nouveau crevé ! Nous échangeons un regard fatigué, désabusé, comme si nous étions maudits ce soir. Je descends du vélo et le pousse jusqu’à un petit coin d’herbe non loin d’un quartier HLM. Nous allons dormir là, tant pis. Je monte la tente seul tandis que Tina, assise sous un arbre, pleure d’épuisement en silence.

Le lendemain à la première heure je suis debout pour réparer mon vélo pendant que Tina récupère. J’ai finalement retiré tout le roulement de la pédale, ca flotte un peu mais au moins elle tourne et ca devrait tenir jusqu’à la prochaine ville. Juste avant de rejoindre l’autoroute, nous trouvons une fontaine. Un paysan qui passait par là nous affirme que l’eau est potable. Nous faisons notre toilette, remplissons nos bouteilles et reprenons la route.

Une fontaine de bon matin, quel luxe !

La route aujourd’hui est aussi monotone et rectiligne qu’hier, le trafic est un peu plus présent et le vent de face nous oblige à lutter comme des acharnés pour parcourir à peine 50 kilomètres.

Encore un cowboy =)

Nous rallions la ville de Malkara dans l’après midi et cherchons en vain une pédale. Toutes les pédales que nous trouvons sont en plastiques alors je décide de continuer avec ma pédale cassée jusqu’à Istanbul.

Après un brin de maintenance sur les vélos, nous nous installons devant une banque et commençons à nous nettoyer les pognes tandis qu’une femme en tailleur vient nous parler. Elle nous explique qu’elle est directrice de la banque devant laquelle nous nous trouvons. Je m’attendais à ce qu’elle nous demande gentiment d’enlever nos vélos qui sont appuyés contre la vitre de son bureau mais au lieu de nous réprimander elle nous invite à prendre un thé dans son bureau et nous pose mille questions.
« et les vélos ? »
« Laissez les là, ca ne risque rien »

Assis sur le canapé en cuir avec nos mains pleines de cambouis, nous buvons notre thé et mangeons du chocolat pendant que j’essaie de me remémorer quelques rudiments d’allemand pour maintenir la conversation. Elle nous explique qu’elle connait des gens qui parlent Français à Malkara et elle s’arrange pour que nous les rencontrions un peu plus tard.

Alors que nous nous promenons, tous les commerçants turcs nous saluent depuis leur boutique. L’ambiance est très relax et nous n’avons pas peur de laisser nos vélos sans surveillance dans la rue pendant que nous nous connectons sur internet. La fille du proprio du café-internet et une de ses copines abordent Tina, elles ont une douzaine d’années et apprennent l’anglais à l’école. Après avoir parlé un peu en anglais, les deux filles donnent à Tina son premier cours de turc. Avant que nous partions une des jeunes filles cours nous chercher un dictionnaire Anglais-Turque pour nous l’offrir.

Tout à l’heure en cherchant mes pédales, je suis passé devant un petit resto où un cuistot préparait une pide (sorte de pizza turque). Je voulais juste montrer la préparation d’une pide à Tina alors nous somme repassés devant le resto avec nos vélos. Un quinquagénaire moustachu et souriant entre dans la boutique et nous aborde :
Lui : « Vous connaissez pide ? »
Nous : « Ah non, justement on vient d’arriver en Turquie, ca a l’air bon »
Lui : « Je vous en paye une chacun »
Nous : « Ah mais c’est que… »
Lui : « Vous connaissez ayran (Ayran est une sorte de yaourt liquide très populaire au moyen orient)
Nous : « Oui on connait déjà, on … »
Lui : « Ok alors je vous paye aussi deux ayrans ! »
L’homme nous propose de venir manger nos pides dans sa pâtisserie juste à coté du resto. J’ai pensé un instant qu’il nous avait peut-être payé à manger dans l’espoir que nous lui achetions des pâtisseries, mais non, à peine avons-nous fini nos pides qu’ils nous offre généreusement de délicieux gâteaux en guise de dessert, et lorsque nous avons évoqué la possibilité de lui acheter un bout de gâteau pour la route, il insiste encore pour nous l’offrir ! Nous sommes touchés par tant de gentillesse 🙂

Délicieux fast-food de pides (pizzas turques) à Malkara

Au moment de reprendre la route, un des serveurs du resto insiste pour nous montrer la route et nous accompagne en scooter jusqu’à la sortie de la ville. Nous sommes bluffés par tant de bonté. Je me rappelle avec honte le dédain avec lequel certains Français traitent les turcs et les musulmans en général… J’ai rencontré des mecs biens et des crétins de toutes les religions et s’il y a une constante que j’observe, c’est que l’égoïsme, l’arrogance et l’orgueil vont souvent de paire avec l’ignorance et l’autosuffisance !

Comme hier il nous faut trouver un endroit pour la nuit depuis l’autoroute. Nous prenons un petit chemin sombre et stoppons net lorsque des aboiements se font soudainement entendre. Demi-tour ! Pfiouuuu… Un peu plus tard nous prenons un autre chemin de champ. Nous avançons à l’aveuglette, seuls, en silence, jusqu’au moment où des chiens se mettent à aboyer sur notre gauche. Ils sont loin mais nous stoppons immédiatement les vélos. Les chiens se taisent. Nous continuons lentement notre chemin quand soudain nous entendons à nouveau des aboiements. Cette fois ils sont juste derrière nous et ce ne sont pas des petits chiens ! Merde ! Nous nous mettons à pédaler comme des malades sur le chemin plein de caillasses jusqu’à ce qu’ils… Tina me raconte en tremblant qu’elle s’est retournée et qu’elle a vu une gueule énorme juste derrière mon vélo, éclairée par le rouge de mon phare. Nous ne pouvons pas faire demi-tour cette fois. Devant nous un cimetière ne nous donne pas franchement envie de camper ici. Nous bifurquons sur la gauche mais après quelques mètres nous entendons à nouveau des aboiements, demi-tour toutes ! Nous sommes bloqués, il nous fait continuer dans les champs et planter la tente assez loin de chiens. Les kangals turcs sont les chiens les plus redoutables du monde, ils ont une force de mâchoire supérieure à celle d’un lion, et plus du double de celle d’un rottweiler… bonne nuit 😉

Le matin, après s'être fait courser la veille par des chiens pas trop accueillants

Le lendemain matin, nous repassons devant la ferme. Les chiens dorment tranquillement. Nous reprenons la route face au vent. La circulation s’intensifie à mesure que nous approchons d’Istanbul mais nous roulons toujours sur la bande d’arrêt d’urgence et nous nous sentons bien plus en sécurité que sur les routes de Serbie par exemple. Nous rencontrons deux cyclistes Anglais qui nous doublent, puis nous croisons un cycliste turc tout égratigné, il s’est planté dans un fossé la veille. Aux portes de l’Asie, Istanbul est une destination très populaire pour les cyclistes.

Le port de Tekirdağ

A Tekirdağ nous rejoignons la mer de Marmara. Petite pause dans un parc, nous cuisinons une soupe avant de reprendre la route. Le soir venu, nous dormons en face de la mer, à coté de la maison d’une prof en retraite avec qui nous avons discuté brièvement.

Le lendemain matin, notre voisine retraitée nous invite à prendre le petit déjeuner et le thé chez elle. Elle est très gentille avec nous. Elle ne parle pas anglais mais nous communiquons à l’aide de dessins et de gestes et répondons aux questions habituelles.

La route cette fois est beaucoup plus difficile. Ce satané vent de face nous frustre toujours autant. Zasraný vítr !!! pour les tchèques 😉
Cette fois il y a régulièrement des passages où il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence et les camions, bus et voitures nous frôlent. En France c’est inconcevable de rouler sur l’autoroute en vélo, ici c’est normal…

Beaucoup de vendeurs de pastèques nous donnent quelques morceaux pour la route

Nous nous arrêtons dans une petite ville pour notre pause de midi. Assis dans l’herbe dans un parc, un garçon qui a vu nos vélos vient vers nous et nous tend une boite de baklavas en nous disant « Welcome in Turkey ! This is baklava, Turkish speciality ! »
Nous n’en croyons pas nos yeux, tous les jours l’hospitalité et la générosité des Turcs nous surprend un peu plus. Cette boite de baklava coute entre 4 et 6 euros, le garçon est parti. Il l’a probablement achetée pour nous. C’est un régal…

Au coucher du soleil, nous arrivons à Büyükçekmece. Cette ville au nom imprononçable signe le début de notre arrivée en ville. Il nous reste une cinquantaine de kilomètres avant Istanbul et nous savons que ce sera dur…

Nous passons la soirée en face de la mer avec du poisson grillé puis une chicha et du thé. A minuit nous reprenons les vélos et cherchons un endroit où dormir. En ville, nous ne nous attendons pas au grand luxe. Finalement, nous jetons notre dévolu sur un petit coin d’herbe caché derrière une haie à coté d’un parking et passons notre dernière nuit à la belle étoile…

2. L’enfer qu’on attendait : L’arrivée à Istanbul


Nous trouvons près de la route un jardin d’enfant avec des jeux à base d’eau. Il n’y a personne. J’en profite pour prendre ma douche en slip entre le serpent et les marguerites qui trissent de l’eau puis nous repartons en essayant de suivre la côte par les petites routes.

Bientôt à Istanbul...

Il faut bientôt nous rendre à l’évidence, nous ne pourront pas éviter les gros axes. Depuis une heure que nous tournicotons, nous avons simplement progressés de quelques kilomètres mais toutes les routes convergent vers la route principale que nous voulions éviter. Tee-shirt enroulé autour de la bouche pour nous protéger des gaz d’échappements, bouchons sur les oreilles pour nous protéger du capharnaüm de klaxons et de marteaux piqueurs, nous avançons vers Istanbul, entre les voitures, les camions et les travaux.

T-shirt sur le nez, gilet fluo, yeux rivés dans le rétro, on avance...

Istanbul est tellement énorme que nous devons nous orienter entre les différents quartiers. Devons nous suivre la pancarte “Istanbul par l’autoroute” ou bien suivre un autre nom ? Nous essayons le périphérique mais c’est de la folie, pour nous orienter à droite ou à gauche nous devons traverser les voies au moment opportun entre le flot ininterrompu de voitures et de camions. A la première opportunité nous ressortons et prenons n’importe quelle route qui va plus ou moins dans la direction du centre.

Petite photo souvenir des derniers kilomètres avant Istanbul...

Une fois passé le détroit de Kücükçekmece, les choses vont mieux. Petite frayeur toutefois lorsqu’un jeune chauffard sort de sa place de parking sans prévenir et pousse le vélo de Tina avec son pare-choc. Note pour les futurs cyclistes : il faut passer au sud de l’aéroport et suivre la côte jusqu’au centre ville.

3. Istanbul


Nous sommes enfin arrivés au centre d’Istanbul, en face de l’église de Sainte Sophie (la fameuse Hagia Sophia), et pour tout avouer, nous sommes un peu déçus. Nous avons entendu tant d’éloges sur Istanbul et maintenant que nous sommes ici, à l’endroit même où Vianney (que nous avons croisés en Grèce) nous racontait qu’il s’est vu verser une larme d’émotion en entendant le chant du muezzin, nous ne ressentons pas grand-chose. Nous regardons le flot incessant de touristes, sac à dos sur l’épaule, appareils photos en bandoulière…

Hagia Sophia, une église du 6ème siècle

La mosquée de Sultan Ahmed (mosquée bleue)

Nous ne voulons pas nous attarder trop dans le centre avec nos vélos. Après ce petit aperçu, nous remontons en selle pour rejoindre l’appartement de Yasin, un couchsurfer qui vit à Kadıköy, de l’autre cote du Bosphore.

Kadıköy sous la lune

Nous restons une semaine à Istanbul et chaque jour nous traversons en bateau le magnifique détroit de Bosphore qui sépare l’Europe de l’Asie. Quel plaisir de se perdre dans les ruelles d’Istanbul ! Certains touristes, armés de leur guide du routard, aiment visiter les monuments, parcourir les musées, manger au restaurant et acheter des souvenirs, mais ce n’est ni dans nos goûts, ni dans notre budget, alors nous nous contentons de nous perdre, nous essayons de capturer un peu de l’essence d’Istanbul en sirotant un thé au détour d’une allée, la ville aux mille minarets nous enchante peu à peu…

Coucher de soleil sur Istanbul, la ville aux milles minarets

Un soir, nous rencontrons Ali, vendeur dans un petit magasin. Ali nous propose de discuter autour d’une chicha quand il aura fini sa journée. Nous acceptons avec plaisir et en attendant qu’il ferme sa boutique nous visitons la mosquée de Rüstem Pacha, dissimulée entre les bâtiments et souvent omise par les touristes. Effectivement, lorsque nous pénétrons dans la mosquée, elle est presque déserte. Nous nous asseyons par terre et contemplons, subjugués par la sérénité que nous confère cette salle dont les murs sont recouverts d’une remarquable céramique blanche et bleue. Istanbul n’a pas fini de nous émerveiller.

Rêves bleus dans la mosquée de Rüstem Pacha

Plus tard, assis sur des petits tabourets dans une ruelle, nous partageons la chicha promise avec Ali et ses acolytes et partageons un petit peu de la vie de quartier d’Istanbul à la tombée de la nuit. Ali et ses amis viennent pour la plupart du Kurdistan. Nous évoquons les relations entre les Turques et les Kurdes. Une chose me fascine en Turquie, c’est de ne pas rencontrer cette bonté “intéressée”. Ali ne veut rien nous vendre, il nous donne même deux chapeaux à touristes en rigolant.
J’émets tout de même une réserve sur ce que je viens d’écrire. Il ne fait aucun doute que vous n’aurez aucun mal à rencontrer des vendeurs sans scrupule qui sont prêt à vous vendre un tapis 20 fois son prix si, arborant une bonne tête de touriste, vous vous promenez dans les allées des bazars ou les quartiers des restaurants…

Ciels d'Istanbul

Un ange dans les rue d'Istanbul

Yasin (notre hôte) profite d’un jour de congé pour nous faire découvrir des endroits plus éloignés du centre : Eyüp, un quartier vénéré dans le monde musulman, et également un magnifique quartier populaire d’Istanbul. Ces ruelles sont pleines de couleurs et de vie, des gamins rentrent de l’école sourire aux lèvres malgré l’énorme sac sur leurs épaules, des femmes assises devant leur maison cousent de la dentelles sur des jupes, des enfants jouent sur des paliers, des vieux discutent, des jeunes amoureux s’embrassent sur les escaliers, un groupe d’hommes sont attroupés autour d’un combat de coqs… Tant de contrastes, tant de beauté. Je lève la tête et aperçoit un fil de linge qui pend d’un mur à l’autre à travers la rue.

Sur le retour nous achetons quelques poissons grillés à un pêcheur et nous le mangeons dans le parc entourés de familles Turques qui piqueniquent, certains réchauffent leur samovars, d’autres jouent de la musique ou lisent le coran. J’ai lu quelque part qu’en Iran, le pique-nique est presque un sport national, c’est pareil en Turquie !


Se perdre dans les ruelles d'Istanbul

Yasin aime particulièrement cuisiner et chaque jour il nous fait découvrir des spécialités culinaires turques. Nous lui préparons aussi une quiche épinards et bleu conceptuelle car la crème fraiche n’existe pas en Turquie et nous ne trouvons pas non plus d’épinards ni de bleu, mais c’était bon !

Contrastes

Pour ne pas abuser de l’hospitalité de Yasin, nous avons trouvé une deuxième hôte à Istanbul. Ozlem est une prof d’une trentaine d’année. Elle vient d’une famille modeste d’un petit village du centre de la Turquie. Elle nous parle de la Turquie rurale, de la position de la femme au sein de la société Turque. Son histoire nous touche beaucoup, elle nous raconte son enfance, les colères de son père, la vie de labeur des femmes du village… C’est grâce à des témoignages comme celui d’Ozlem que notre voyage prend une dimension humaine si particulière.

Assis le long du Bosphore avec Ozlem, notre dernière hôte

Lors de nos derniers jours à Istanbul nous continuons nos petites balades aléatoires dans les méandres d’une des plus grandes villes du monde. De temps en temps nous nous arrêtons prendre un thé dans une ruelle calme, nous essayons de capturer le maximum d’Istanbul avant notre départ.

Süleymaniye Mosque

Ablutions

Femmes turques


4. Tina s’en va


Il y a 80 jours, Tina à pris la route à mes cotés pour partager avec moi cette petite aventure jusqu’à Istanbul. Ces 3 derniers mois nous ont beaucoup appris sur nous-mêmes et notre capacité à vivre ensemble, à envisager les choses sous un même angle, et nous savons aujourd’hui que nous ne voulons pas laisser le hasard décider de notre destinée, nous voulons continuer la route ensemble.

Toutefois, Tina doit rentrer en Tchéquie pour terminer ses études et continuer son travail à Brno. Je pourrais rentrer avec elle en avion jusqu’à Brno mais j’ai choisi de continuer à voyager seul en vélo avant de la rejoindre. Je l’accompagne à l’aéroport d’Istanbul avec un gros carton dans lequel nous avons déposé son vélo. C’est une petite aventure en soi que de porter vélo dans un carton à Istanbul…

Départ…

Tina est partie. Assis dans le bus qui me ramène chez Ozlem, je sais qu’une page se tourne. L’été va bientôt laisser sa place à l’automne dans sa fraiche solitude. J’étais bien vaillant lorsque j’ai décidé de continuer ma route seul mais pendant une seconde je me sens flotter. Tandis que je regarde la banlieue d’Istanbul à travers la vitre du bus, mon petit cœur défait tremblote… Une lèvre entre les dents, je sens percer en moi la hargne, l’appétit désir d’aventure, la force de reprendre la route seul.

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 Posted by at 9:46 am

  3 Responses to “20. Turquie jusqu’à Istanbul”

  1. Note pour les futurs cyclistes : il faut passer au sud de l’aéroport et suivre la côte jusqu’au centre ville.

    C’est bien note ! 😉

    Superbe article, comme toujours. Beaucoup d’emotions sur la fin ! Ca devait en effet etre une sacree aventure commune ces 80 jours ensemble. J’espere un jour pouvoir vivre le meme type d’experience commune avec ma Franziska.

    Vivement la Turquie ! Courage pour les pereparatifs JP, et continue a me faire rever en ecrivant !

  2. Ah oui tu verras, c’est pas mal galère l’arrivée à Istanbul mais si tu suis la côte après Kücükcegmece, ça prend quelques heures mais c’est vachement plus facile, tu évites le périph sur la fin et crois moi t’aura envie de l’éviter 😉
    A part pour le trafic, tu vas certainement adorer la Turquie…
    Je retourne écrire la suite 😉

  3. very nice too funny pictures ))))))))

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