13. Serbie

 


1. A travers la plaine de Vojvodine
2. Novi Sad et le parc national de Fruška Gora
3. Sremski Karlovci
4. Belgrade
5. Hardcore Balkan Mentality !
6. Kragujevac
7. En route pour les montagnes
8. Mokra Gora : la montagne mouillée

1. A travers la plaine de Vojvodine


Nous arrivons en Vojvodine, une région culturellement riche où se côtoient de nombreuses ethnies. Dans les villages que nous traversons, les noms des rues et des boutiques sont écrits tantôt en Hongrois, tantôt en Serbe. La région est rurale, beaucoup de champs et quelques villages où, assis devant des palissades en bois, des petits vieux regardent passer les voitures et nous font signe de la main.

Trucksurfing ?

Nous profitons d’un coin d’ombre dans un village pour réparer la première crevaison de notre voyage. Pendant que Tina s’applique à poser une rustine, un voisin vient nous voir avec des abricots. Un instant plus tard, un autre voisin nous apporte des pêches puis nous invite dans son jardin et nous donne quelques tomates, de la limonade et même des échantillons de parfum. Du parfum !? Alors que nous sommes sur le point de reprendre notre route, il prononce ces mots que nous entendrons tant de fois en Serbie : « Quand vous rentrez chez vous, dites que les Serbes ne pensent pas tous comme les politiciens, qu’il y a des gens bien ! ».

Le soleil se couche sur la plaine et nous chantons à tue-tête en pédalant sur cette route qui découpe la campagne. Un motard nous double puis s’arrête pour nous demander si nous avons un endroit où dormir ce soir. Voulait-il nous héberger ? Nous avons promis à Ivana de dormir chez elle ce soir à Temerin. A Temerin, nous préparons un énorme saladier de Tzatziki pour nous alléger de nos 2 kilos de concombres. Le lendemain, nous sommes accueillis chez la mère d’Ivana qui nous prépare quelques spécialités serbes puis, en fin d’après-midi nous reprenons la route.

2. Novi Sad et le parc national de Fruška Gora


Cathédrale de Novi Sad

Entres voitures et camions, nous roulons vers Novi Sad avec une écharpe sur le nez pour ne pas trop avaler de gaz d’échappement. Un nuage de pollution nous attend à l’entrée de Novi Sad. Nous essayons d’éviter le trafic en prenant des petites rues parallèles. Lorsque nous traversons un pont, les dalles qui forment le passage sont tellement défoncées que Tina tombe et heurte la barrière. Rien de grave mais elle aura mal au bras pendant quelques jours.

Le centre de Novi Sad est plutôt joli. C’est l’anniversaire de Tina alors nous en profitons pour nous installer à la terrasse d’un petit restaurant le temps de déguster quelques grillades Serbes. Nous continuons la route de nuit, suivons le Danube en face de l’imposante forteresse construite par Vauban. Nous voulons rejoindre le parc national de Fruška Gora pour camper cette nuit mais nous nous perdons dans les petites ruelles sombres des banlieues de Novi Sad. Il est minuit lorsque nous trouvons finalement un pont sur le Danube. Après un long tunnel, nous arrivons finalement au parc national et entamons dans l’obscurité une longue montée dans la forêt. Deux heures du matin, la nuit est noire dans la forêt, nous entendons aboyer les chiens… J’aimerais rouler jusqu’à l’aube mais Tina tombe de fatigue. Un peu plus tard, nous trouvons une maison en construction et dormons à côté, dans l’herbe, en attendant le lever du soleil.

Parc National de Fruška Gora

Le lendemain matin, nous sommes réveillés par un lève-tôt qui vend des pastèques dans le village. Nous reprenons notre ascension dans la forêt puis suivons la crête des collines, très déçus par ce parc national dont on nous a dit tant de bien. La route offre très peu de panoramas et il y a beaucoup de déchets sur les accotements et sur les aires de piquenique. D’où vient cette mentalité qui consiste à balancer dans la nature tout ce dont on n’a plus besoin ? Arrêté à un gîte, nous voyons un gamin jeter par terre l’emballage de sa glace devant ses parents qui n’y prêtent pas attention. Il va falloir s’habituer 🙁

3. Sremski Karlovci


Un couple hors du commun, Sremski Karlovci

Après une longue descente (bien méritée pour le coup), nous rejoignons Sremski Karlovci et visitons cette charmante petite ville le long du Danube. Nous achetons une bouteille d’un vin local à la cannelle et aux épices que nous dégustons avec un plat de poissons puis, au crépuscule, nous prenons un chemin de champs. Les chiens aboient dans les jardins et leurs propriétaires se demandent visiblement ce que deux cyclos font ici à cette heure tardive… Un peut plus tard, alors que nous sommes entrain d’installer notre camp dans un champ de pommiers, nous sommes débusqué par un vigneron qui a probablement aperçu les lumières de nos frontales.

Réveil sur un sofa en face du Danube

« Qui va là ? »
Nous ne comprenons pas ce qu’il nous veut ni pourquoi il insiste tant pour que venions dans sa vigne plutôt que dans le champ de son voisin mais une fois arrivés, après quelques verres de rakia, il nous propose le grand luxe pour la nuit : un canapé-lit sur le toit de sa cabane avec vue sur le Danube !
Nos vélos sont gardés pendant la nuit par ses deux petits chiens. Quel plaisir de se réveiller à l’aube avec une telle vue, le soleil, l’air frais et ces petits chiens qui nous font la fête. Nous reprenons la route plein de bonne humeur prêt pour affronter une journée difficile !

Un raccourci pas tellement roulant

Nous avons prévu de rejoindre Zemun aujourd’hui. Nous ne sommes pas vraiment emballés à l’idée de remonter la côte de 4 kilomètres que nous avons descendus hier alors lorsque nous apercevons un chemin de champ qui a l’air de longer plus ou moins le Danube, Tina propose que nous le suivions. Ayant déjà fait l’expérience de ce genre de raccourcis hasardeux, je suis un peu sceptique mais finalement je cède au chantage tout en déclinant toute responsabilité sur son choix. Le chemin est assez difficile et bosselé, nous poussons le vélo dans la caillasse sous un soleil de plomb. Nous passons en face d’un jardin et un petit vieux intrigué vient nous parler. Contre toute attente, il s’exprime dans un anglais correct et nous explique qu’il n’a pas parlé anglais depuis 25 ans ! Le genre de rencontre qui nous réchauffe le cœur.
Lorsque, après bien des détours, nous arrivons à un village, nous nous arrêtons à la terrasse d’un café pour siroter une bière. En guise de terrasse, il s’agit en fait du balcon d’une maison individuelle. Quelques habitués sont garés dans la cour. A la table d’à coté, on parle fort et on se fend la poire. Un homme se lève et essaie de monter dans sa voiture mais il est tellement ivre qu’il finit sur ses fesses en ouvrant sa portière. Il part tout de même. J’espère qu’il n’ira pas trop loin…

A la recherche d’un chemin…

Une fois revenu sur l’asphalte, tout va mieux. Pour éviter la route principale qui mène à Belgrade, nous faisons un grand détour par la campagne Serbe. Plusieurs fois nous passons à côté de champs où les différents types de maïs hybrides sont testés. Est-ce la fin de l’agriculture traditionnelle en Serbie ? Les grandes firmes de l’agrochimique utilisent une stratégie déjà bien rodée qui consiste à offrir gratuitement aux petits agriculteurs mal informés des variétés de maïs génétiquement modifié pour finalement les rendre dépendants de semences hybrides (dégénérescentes, c’est-à-dire qu’elles ne se reproduisent pas d’année en année) et des pesticides qui les accompagnent. Ces pratiques qui visent à convertir les petits paysans à l’agriculture chimique sont déplorables, elles nuisent à l’environnement en détruisant la biodiversité, aux consommateurs qui s’empoisonnent et aux agriculteurs qui s’endettent.

Sous la lune, en route pour Zemun ?

Nous nous arrêtons dans un village pour boire et une petite vieille devant sa porte nous fait signe de venir. Elle va ensuite nous chercher une bouteille de jus de fruit frais qu’elle nous offre en souriant. Ce genre de geste est courant dans les Balkans mais à chaque fois nous sommes touchés par la gentillesse et l’hospitalité que nous rencontrons en Serbie.

Lorsque la nuit tombe, nous sommes sur un chemin de champ qui visiblement, s’il nous mène quelque part, ne nous mènera pas à Zemun. Nous croisons alors deux gamins en vélo avec une arbalète en bandoulière :
« On a été tuer des grenouilles ! »
« Ah super… et sinon, Zemun, c’est par là ? »
Nous voilà escortés jusqu’à Zemun puis mon GPS prends le relais pour nous aider à trouver la maison de Marko dans une petite rue de la banlieue de Zemun. Je m’approche d’un monsieur grisonnant :
« Bonjour monsieur, je cherche Marko… »
L’homme nous fais signe de nous asseoir et nous sert un verre de gnaule. Nous patientons assis à une terrasse en attendant Marko qui n’est pas encore rentré. La maman de Marko nous offre à manger en souriant pendant que son père enchaine les verres de gnaule en grimaçant.

4. Belgrade


Zemun

Nous restons quelques jours chez Marko, le temps de visiter Zemun et Belgrade. Zemun est située au nord de Belgrade. Lorsque la Serbie était sous domination Ottomane à la fin du 14ème siècle, Zemun était un important avant-poste militaire du royaume de Hongrie avant de tomber aux mains des Turcs. Elle fut reprise par les Autrichiens au 18ème siècle puis reprise par les turcs, puis par les Serbes, puis à nouveau par les Turcs, puis par l’empire Austro-Hongrois et enfin par les Serbes (ouf !) au lendemain de la première guerre mondiale. Une histoire mouvementée qui explique peut-être pourquoi Zemun est aujourd’hui célèbre en Serbie pour être le repère de la mafia Serbe. Nous nous baladons une après midi dans Zemun puis longeons la Sava en marchant jusqu’à Belgrade.

Belgrade

Voilà la façon dont Marko nous a présenté Belgrade :
« Why do you come here ?
What do you expect to see here ?
Everything is fucked up»

Il est vrai qu’au premier abord nous sommes déroutés par cette ville épuisée par tant de batailles et de guerres, où la quasi-totalité des monuments n’ont pas résisté aux épreuves du temps. Les musulmans ont transformés les églises en mosquées, les chrétiens ont détruit les mosquées et la guerre à réduit en cendres les monuments qui restaient. Belgrade est une ville de contrastes et nous apprenons à l’aimer, nous finissons même par lui trouver un charme particulier. Cicatrice à ciel ouvert, cette ville est bouillonnante, pleine de vie et elle mériterait qu’on s’y attarde plus longtemps pour s’imprégner de son atmosphère unique.

Temple de Saint Sava, Belgrade

Nous arpentons les rues, où les milliers de climatiseurs déversent leurs gouttelettes sur nos têtes, et découvrons tantôt des bâtiments à l’abandon, tantôt de gros projets en construction comme le temple de Saint Sava. Le centre de Belgrade regorge de cafés où Serbes et touristes s’installent en terrasse pour siroter une Jelen, la bière Serbe. Le point d’orgue de notre visite est probablement un petit restaurant dont nous tairons le nom, mais qui nous a tellement régalés pour un prix dérisoire que nous n’avons pas résisté à revenir avec nos vélos lorsque nous quittons finalement Zemun.

5. Hardcore Balkan Mentality !


En route pour Smederevo

Marko était un drôle d’énergumène. Très gentil mais tellement pessimiste sur son pays qu’il nous a un peu zappé le moral. Il nous a convaincu de ne pas continuer à l’Ouest dans les montagnes comme nous le voulions initialement car les routes sont trop dangereuses et difficiles pour les vélos. Nous nous rendons donc à l’Est en direction de Smederevo. Après avoir traversé Belgrade et franchi le Danube, nous bifurquons sur un chemin qui est sensé être l’Eurovelo 6 mais nous nous perdons. Nous faisons demi-tour entre les poules et les chèvres en face d’une fermière qui nous dévisage comme si nous venions d’une autre galaxie puis nous traversons une rigole sur un tronc d’arbre, longeons des marécages, escaladons des tas de terre et des tuyaux en fonte qui nous barrent la route… Nous n’arriverons jamais à Smederevo si nous continuons à ce rythme !

Dure journée de labeur à Smederevo

Il est près de 21 heures, le soleil se couche et nous avons encore près de 60 kilomètres à parcourir alors nous décidons de quitter les champs et rejoindre une route. Alors que nous roulons entre deux villages sur une voie piétonne, Tina me crie « Attention ! » et me signale à sa droite une bouche d’égout sans plaque, un trou d’un bon mètre de diamètre ! Il ne fait pas bon être piéton sans lumière la nuit… Un peu avant minuit, après avoir traversé une nouvelle fois le Danube, nous arrivons à Smederevo et rencontrons Sonia. Cheveux roses et grand sourire, Sonia nous invite à venir boire une bière avec ses amis. Sonia est Serbe née au Kosovo, Igor vient de Macédoine et leur copine que nous surnommons “horny water” après une bonne tranche de rigolade est également Serbe.

Avec Sonia et sa mère

Le lendemain, tels des aventuriers surmenés, nous choisissons de nous prélasser à la piscine d’un ami de Sonia plutôt que de reprendre la route. Le soir, nous sortons boire une bière en face de la forteresse de Smederevo puis la soirée se prolonge autour d’un mystérieux sachet de popcorn au bord du Danube, puis dans un non moins mystérieux cimetière. On ne fait pas la fête à la légère en Serbie, Igor appelle ça : “Hardcore Balkan Mentality !”
Avant de partir, la mère de Sonia nous offre des tapis de table qu’elle a tricoté elle-même et aussi du gel douche et du déo. Nous quittons Smederevo avec nos foulards autour de la bouche pour ne pas respirer la pollution. L’air est irrespirable…

6. Kragujevac


Eglise Orthodoxe le long de la route

Ces deux jours passés avec Sonia ont suffit à nous remotiver pour la traversée des montagnes à l’ouest de la Serbie. Changement de cap, nous prenons aujourd’hui la route de Kragujevac, une ville dont nous n’avons jamais entendu parler mais où nous devons retrouver Saša (prononcer Sacha), un photographe et journaliste local. Nous roulons dans une région assez vallonnée et nous arrivons encore une fois tardivement chez notre hôte. Sur la route nous nous sommes fait offrir des fruits et nous avons échappé à une meute de chiens, nous racontons tout ça à Saša avant d’aller nous coucher dans son lit qu’il insiste pour nous laisser, il dormira sur un fauteuil.

Saša, notre hôte à Kragujevac

Saša nous parle de la guerre avec beaucoup d’émotion, il nous raconte les bombardements qui ont eut lieu ici en 1999 pendant la guerre du Kosovo, lorsque l’OTAN a bombardé la Serbie. Les larmes aux yeux, il nous explique la peur, l’incompréhension, la panique, et le sentiment partagé que leurs vies déjà difficiles peuvent s’éteindre d’un moment à l’autre. Saleté de guerre.

Nous avons également la visite d’un autre Saša, un ami du premier. S’en suit une “jam session” mémorable, deux guitares et cette rakia distillée par un petit vieux des environs qui coule à flot. Après avoir bu un litre et demi de gnaule à quatre, nous nous allons faire un tour en ville, à pied cette fois! C’est loin mais de toute façon on ne s’en rappellera pas beaucoup…

Réveil ô combien difficile ! Nous ne roulerons pas aujourd’hui, repos ! Nous profitons de ce dernier jour pour dénicher en ville quelqu’un qui puisse nous vendre un garde boue car Tina qui a perdu le sien avant Zemun et ils annoncent de la pluie. Le vendeur nous trouve un garde boue qu’il avait en réserve et insiste pour nous l’offrir de bon cœur. Après une promenade autour d’un lac, nous cuisinons une blanquette de veau. Lorsque nous quittons Saša, nous partageons le sentiment d’avoir rencontré une personne profondément humaine, sensible et généreuse.

7. En route pour les montagnes


Petite chute dans les buissons...

Nous prenons la route des montagnes, vers l’ouest. En voulant cueillir des mirabelles au bord de la route, Tina perd l’équilibre et se retrouve dans un buisson :
« JP, aide-moi ! »
« Attends, je prends une photo… »
🙂
La nuit tombe un peu avant que nous arrivions au lac où nous voulions camper. Nous examinons les abords du lac avec notre lampe, dégoutés par les déchets qui jonchent la rive. L’écologie n’est malheureusement pas une des préoccupations principales en Serbie. Après une inspection minutieuse, nous abandonnons l’idée de dormir vers le lac entre des sacs et vieux cartons de jus de fruits et nous nous installons dans un petit coin presque propre un peu plus loin. Un clébard attiré par l’odeur de nos grillades vient constamment nous aboyer dessus alors toutes les 5 minutes je lui cours après en poussant des grands cris. Il n’est pas méchant, juste un peu têtu…

Monastère orthodoxe près de Čačak

Le lendemain nous abordons la partie montagneuse. La route suit la rivière dans la vallée, ce serait très agréable si nous n’étions pas sans cesse sur nos gardes à cause des chauffards. Nous n’avons jamais vu autant de croix et de fleurs en mémoire des morts sur la route. Des centaines de photos collées sur ces petits autels, des familles, des gamins, des jeunes, des vieux, tous morts sur la route et pourtant les gens continuent à rouler comme des cinglés. Alors que nous sommes arrêtés le long de la route, un motard sans casque passe comme un éclair, le mec roule au moins à 200km/h. Certains conducteurs audacieux doublent des files des camions avant les virages sans se soucier des lignes continues. A la vitesse à laquelle ils roulent, je comprends qu’ils ne voient pas les croix qui jonchent les accotements. Le plus agaçant pour nous reste sans doute les mecs qui doublent juste en face de nous comme si nous n’étions pas là. Lorsqu’il n’y a aucune voiture derrière nous et une file de voiture en face, nous nous préparons toujours à nous jeter dans l’accotement au moment où un mec débouche…

Quelques kilomètres avant Čačak

La région de Čačak abrite de nombreux monastères qui, cachés dans la montagne, ont miraculeusement survécu à l’occupation ottomane puis au communisme. À Čačak, nous avons rendez vous avec Nenad, un couchsurfer avec qui nous prenons seulement un café près de la rivière avant de repartir. Nous visitons quelques monastères orthodoxes. Le soir venu nous rencontrons devant une boutique deux polonaises qui voyagent en stop dans les Balkans. Elles hallucinent aussi sur la façon dont conduisent les gens ici. Nous passons la soirée ensemble et comparons nos cartes : Il y a deux routes qui mènent du Monténégro au Kosovo. Nous savons qu’une seule route est ouverte mais nos cartes indiquent chacune une route différente, étrange…

Voie ferrée dans les collines

Le lendemain nous quittons nos amies Polonaises et reprenons la route ver Užice. Coincés dans la vallée, nous n’avons pas d’autre choix que de suivre cette route que tout le monde emprunte pour traverser les montagnes. En fin d’après midi, avant d’arriver à Užice, une voiture nous double et s’arrête. Nous reconnaissons un jeune couple que nous avons rencontré la veille alors que nous visitions un monastère. Ils nous ont reconnus sur la route et ils sont retournés pour nous saluer. Ils en profitent pour nous donner une douzaine d’œufs de ferme et une bouteille de rakia distillée par leur famille. Ce qui nous marque le plus en Serbie n’est pas les chauffards mais bien cette générosité sans limite que nous rencontrons tout au long de notre traversée.

Pas de douche ce soir mais un mariage Serbe!

Užice est située au pied des montagnes de Zlatibor, là où ont été tournés plusieurs films du célèbre réalisateur Serbe Emir Kusturica. Nous avons prévu de quitter la route principale pour suivre une petite route de montagne qui sera, on l’espère, un peu plus tranquille. Nous demandons notre route à une femme, qui appelle son fils, qui appelle la voisine, qui appelle une copine… finalement on nous explique en anglais « I think it is this way », hum, c’était bien ce que nous craignions. La route monte avec un dénivelé qui avoisine les 16%. Le soleil disparait à l’horizon et nous roulons encore. Je suis soudain attiré par une musique. Une fête? Un mariage! Tina aimerais monter la tente avant la nuit mais j’essaie de la convaincre:
“Si on s’approche avec les vélos, ils vont nous inviter, je le sens!”
A peine entré dans la cour, tous les regards se tournent vers nous. Quelques secondes plus tard, un homme qui a travaillé en France il y a quelques années nous invite à venir boire un verre et manger un morceau. La salle est énorme, 400 personnes sont invitées! Trompettes, trombones, tubas, cors… Un orchestre de cuivres qui n’a rien à envier à celui de Boban Markovic reprend les classiques Serbes pour le plus grand plaisir de l’assemblée. Tout le monde danse, boit et mange dans un grand tumulte de bonne humeur. Nous en prenons plein les mirettes et plein les tympans. Dépaysement total !

Il fait nuit noire. Nous sommes allongés sous un arbre, dans un pré en face d’une maison. Nous avons choisi l’emplacement complètement à l’aveuglette et nous croisons les doigts pour qu’il ne pleuve pas. Quelqu’un passe sur le chemin pendant la nuit. Nous entrevoyons à peine vu sa silhouette dans l’ombre accompagnée d’un froissement de cailloux… Pchût !

8. Mokra Gora : la montagne mouillée


Un matin pluvieux

De bon matin nous rangeons nos affaires et le petit vieux de la maison d’en face nous fait signe de venir prendre un café chez lui. Assis à une table dans son jardin, il nous dit que nous aurions du dormir chez lui plutôt que dans le champ, puis il nous offre des figues et des pommes qu’il vient juste de ramasser. Il nous prépare un café serbe (l’équivalent d’un café Turc) et nous parle en Serbe. Je ne pige pas grand chose mais Tina comprend assez bien alors elle me traduit. L’homme nous explique qu’il a perdu sa femme il y a quelques années et qu’il vit seul aujourd’hui. Il a trois filles qui vivent à la ville et lui rendent visite trop rarement. Il nous explique que ses filles ne partagent pas sa vision du bonheur. Pour lui, le bonheur réside dans les choses simples, la montagne, la nourriture saine de son jardin, et il ne comprend pas quelle logique absurde incite les gens à s’installer en ville et payer pour acheter de mauvais légumes en supermarché alors que ceux de son jardin sont délicieux et ils sont gratuits… Nous sommes émus par ces paroles sages et par sa solitude. Avant de nous quitter, il nous dit que nous avons de la chance de nous être rencontrés, nous avons de la chance de partager la même vision des choses et de comprendre l’importance de la nature.

Un berger dans les nuages

De retour à nos vélos, il commence à pleuvoir. Nous nous sentons bien petit après cette rencontre. Nous enfilons nos habits de pluie et prenons la petite route qui sillonne la montagne. Averses, vent, brouillard, nous savons que notre journée va être difficile et pourtant nous prenons un certain plaisir à grimper tout doucement. Bientôt nous distinguons à peine la route. Nous imaginons que le paysage doit être magnifique par temps clair. Arrivés au sommet, la première descente nous gèle jusqu’aux os, nous continuons sous une pluie torrentielle et lorsque nous arrivons enfin à un village, nous nous installons à une table au café. La télé diffuse une série Turque d’un ennui stellaire. Toutes les femmes portent des robes de soirées et des talons aiguilles à la maison et les acteurs jouent tellement mal que nous pourrions croire à une parodie. Après trois thés bien sucrés (à 30 centimes), nous reprenons la route.

En train de préparer une omelette

Plus tard dans la journée, nous profitons de la terrasse d’un hôtel-restaurant pour se préparer une gigantesque omelette avec les œufs qui ne sont pas encore cassés dans nos sacoches! Épuisés et installés à une table avec notre omelette maison, nous nous délectons du ridicule de la situation.
Avant de repartir nous rencontrons deux autres cyclos : David et Christelle. Ils sont les premiers cyclos au long cours que je rencontre depuis mon départ de France. Partis un mois avant moi, eux aussi vont un peu où le vent les pousse. Ils prévoient de rejoindre l’Inde l’année prochaine en passant par l’Iran. Dans quelques jours ils se rendent au Guča, un festival de musique traditionnelle très populaire en Europe. Nous allons dans l’autre sens, en direction de la frontière Bosniaque. A l’heure où j’écris ces lignes, David et Christelle sont quelque part en Asie Centrale, vous pouvez suivre leur aventure sur www.écolesbuissonieresdasie.com.

Une Skoda en Serbie

Plus nous roulons vers l’ouest et plus nous sommes dépaysés. Certaines maisons en bois isolées dans la montagne sont magnifiques. Après un long tunnel, nous passons le dernier col de la journée et entamons une longue descente sous la pluie et dans la brume jusqu’à Mokra Gora (qui signifie en Serbe “montagne mouillée”, nous aurions du nous méfier!). Nous profitons d’une accalmie pour visiter le village tout en bois construit par Emir Kusturica puis, au village voisin nous trouvons une petite vieille qui veut bien nous louer une chambre pour 8 euros la nuit. C’est la première fois depuis 6 mois de voyage que je paye pour me loger mais ce sera une bonne occasion de dormir au sec. Nous faisons notre lessive et tendons des fils dans toute la chambre pour faire sécher nos affaires, une vraie toile d’araignée !

La gare du film La Vie est un Miracle

Le lendemain nous visitons Sagranska Osmica, cette fameuse voie ferrée où a été tourné le film La Vie est un Miracle. Nous rencontrons également un voyageur américain qui parcourt l’Europe à vélo depuis un an. Il revient tout juste du Kosovo et nous assure que ce n’est pas un problème de traverser le pays. Toutefois, tous les Serbes qui nous ont hébergés nous ont conseillés de ne pas camper au Kosovo. Nous verrons bien, pour l’instant nous allons en Bosnie ! La Serbie nous a enchantés.


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