15. Monténégro

 


Le Monténégro est un petit pays, environ 100 fois moins peuplé que la France. Lorsque je suis venu pour la première fois au Monténégro en 2005, le pays était encore une rattaché à la Serbie. L’indépendance du Monténégro a été votée un an plus tard en 2006.

1. Sans voiture !
2. Un peu de montagne et un peu de pluie
3. Beaucoup de montagnes, beaucoup de pluie et une pastèque !
4. Une nuit en “no man’s land”

1. Sans voiture !


De l’autre coté du tunnel, une énorme file de voiture attend l’ouverture du tunnel. Eh oui ! Encore une fois nous sommes bien contents d’être en vélo ! 🙂

A flanc de montagne nous voyons le monastère orthodoxe de Kumanica. C’est l’endroit idéal pour faire une petite pause avant une longue descente. Dans chaque monastère orthodoxe que nous avons visité dans les Balkans, nous rencontrons des croyants qui viennent aider les moines et vivre avec eux pendant quelques jours. A Kumanica, nous discutons avec une femme très accueillante qui nous offre à boire et beaucoup de gâteaux. Elle vient de Belgrade et elle est venue aider au monastère pendant une semaine. Elle nous raconte l’histoire des monastères Serbes et nous repartons avec une petite icône en plastique d’un saint Serbe.

Monastère de Kumanica

De retour sur la route, reste le plaisir de la descente ! Etant donné que la frontière est bloquée, il n’y a aucune voiture derrière nous, nous avons la route à nous !

Lorsque nous arrivons à Rasovo, il commence à pleuvoir. Nous nous abritons dans une maison en construction, mangeons un morceau et après seulement 15 ou 20 minutes nous nous rendons compte qu’il y a un corps allongé sous une couverture dans un coin. Une femme… Elle est vivante. Elle se cache probablement ici. Que pouvons-nous faire pour l’aider ? Nous lui donnons notre reste de pain et une boite de thon.

Sur la route on ne compte plus les attardés qui klaxonnent juste à notre hauteur ou se mettent à brailler comme des supporters de foot par les fenêtres quand ils nous doublent. Tina a failli tomber mais je l’invite à ne pas faire trop de doigts d’honneur à ceux qui n’ont qu’un petit poids dans la caboche, sait on jamais…

Nous avons assez roulé aujourd’hui, mais quelle galère pour trouver un endroit où passer la nuit ! Nous essayons un chemin, puis un autre, puis encore un autre… Nous n’avons pas envie de dormir dans un cimetière, ni avec des taureaux, ni où nous sommes trop en vue pour les vélos. Finalement nous trouvons une parcelle probablement privée avec quelques bouses de chevaux et nous installons là. Pas d’étoiles ce soir, il va pleuvoir. Ça ne nous empêche pas de faire un feu et de nous cuisiner de bonnes choses 🙂

2. Un peu de montagne et un peu de pluie


Réveil méchamment pluvieux. Nous enfilons nos habits de pluie et regagnons la route en roulant dans les champs boueux.

Un réveil pluvieux


La route qui serpente dans la gorge de la rivière Lim est de toute beauté mais vraiment, Marko avait un peu raison lorsqu’il nous disait de nous méfier des gens qui conduisent comme des débiles dans les montagnes…

Gorges de la rivière Lim

Vers midi, nous arrivons à Berane, une des seules villes sur notre route au Monténégro. Nous avons reçu il y a quelques jours un message de Saša (qui nous a hébergés il y a deux semaines à Kragujevac en Serbie) dans lequel il nous dit :
« N’allez pas au Kosovo, il y a eu une tuerie à la frontière Serbe, ca risque de dégénérer, c’est trop dangereux. »

Tina and Salma

Nous ne voulons pas prendre ce genre de message à la légère, nous devons lire les news pour savoir ce qui se trame et quoi décider. Assis avec notre laptop dans la rue principale de Berane, nous remarquons un bien étrange manège : depuis une heure que nous sommes là, nous voyons passer continuellement les mêmes filles en minijupes. En fait, ces filles font des allers et retours dans la rue, probablement en attendant de se faire remarquer par un des mecs assis à une des terrasses. Nous nous demandons ce qui peut expliquer ce genre de comportement.
Les chances de trouver un emploi au Monténégro sont maigres, les salaires souvent très bas et pour une fille en âge de se marier, il n’est certainement pas envisageable de rester à la charge de ses parents trop longtemps alors les filles cherchent des bons partis à marier mais je doute qu’elles les trouvent sur les terrasses.
Cet environnement n’est probablement pas favorable au changement des mentalités qui, dans les Balkans, nous apparaissent beaucoup plus traditionnelles qu’en Europe de l’Ouest pour ce qui est du rôle de l’homme et de la femme dans la société mais aussi dans les couples où comme nous l’expliquait Saša : « L’homme tape du poing sur la table ». Mais fermons cette petite parenthèse pour revenir au voyage. La situation semble s’être stabilisée au Kosovo, nous allons donc continuer en direction de Rožaje au Monténégro puis de Peja au Kosovo 🙂

En sortant de Berane, nous rencontrons dans une petite rue une fillette toute souriante. Elle s’appelle Salma et parle très bien anglais. Nous discutons avec elle pendant un moment puis elle nous accompagne jusqu’à la route de Rožaje. Cette gamine rayonne quand on lui raconte notre voyage, elle nous dit que son grand père était Tchèque, puis elle nous fait un gros câlin et nous continuons notre route, heureux de faire de telles rencontres.

Paysages typiques du Monténégro

Sur les chemin, Tina s’arrête pour cueillir de l’origan qu’elle attache sur son vélo pour qu’il sèche. Des épices gratuites et bio ! La route grimpe sur une dizaine de kilomètres mais notre effort est largement compensé par un paysage magnifique.

Des champs, des montagnes...

Deux enfants nous regardent pédaler depuis la fenêtre d’une maison en pierre puis ils sortent pour nous saluer quand nous arrivons à leur hauteur.

Nous voudrions camper dans la montagne mais nous n’avons pas d’eau. Lorsque nous sommes au sommet, avant de traverser un tunnel qui nous emmènera sur l’autre versant, nous demandons à un homme s’il sait où nous pourrions prendre de l’eau. Il nous conduit à un petit ruisseau et nous dit qu’elle est buvable. L’eau de source est toujours meilleure à la source qu’en magasin. Nous remplissons toutes nos bouteilles et nous n’avons plus qu’à trouver un coin pour la nuit

Dans la descente, nous trouvons un champ qui semble parfait. Nous récupérons du bois, allumons un feu, faisons notre petite popote mais dans les arbres en face, nous entendons à plusieurs reprises un bruit étrange, comme le cri d’un animal coincé dans un piège. Je décide de prendre ma lampe et d’aller voir dans la forêt. J’ai traversé les branchages pour pas grand-chose, il s’agissait d’une pompe.

3. Beaucoup de montagnes, beaucoup de pluie… et une pastèque !


Le lendemain matin, nous continuons la descente jusqu’à Rožaje. En face d’un magasin, un vendeur nous offre une pastèque ! Pendant un moment je me suis demandé si ce jeune homme ne voulait pas simplement satisfaire sa curiosité et voir comment nous nous y prendrions pour fixer sa maudite pastèque sur nos vélos ! Nous réussissons finalement à l’attacher sur le vélo de Tina en l’enroulant dans une serviette et en la coinçant sous son casque.

Rožaje, dernière ville avant la frontière, n’est pas très spéciale à nos yeux. Nous continuons notre route en direction du Kosovo. Dans la montée, nous passons devant une jolie mosquée puis nous somme de nouveau dans la nature.

Tina descend beaucoup plus vite avec une pastèque…

La nature est belle mais les gens m’exaspèrent tellement ils sont dégueulasses. Nous voyons des jeunes jeter une bouteille en plastique dans un accotement, comme s’il n’y en avait pas assez…

Sur la route, nous trouvons un petit coin d’eau où nous laver et remplir nos bouteilles. Nous mangeons la moitié de cette pastèque, offrons la deuxième moitié à des gamins et reprenons notre ascension. Vers 1200 mètres il commence à pleuvoir. Nous continuons sous la pluie.

1200m, il va pleuvoir méchamment!

Soudainement, la pluie s’intensifie. Il tombe des trombes d’eau pendant un moment, la route ressemble à un torrent, puis la pluie devient grêle, commence alors le martellement infernal des grêlons sur nos casques. Le vent râle, nous grimaçons de douleur, mais nous continuons. Tina pleure tellement la grêle qui tombe de face nous fait mal mais elle serre les dents et pédale, pas question d’abandonner. Micro pause : nous mangeons finalement un Bounty salvateur que me trottait dans l’esprit depuis un moment. Vers 1700 mètres la pluie cesse, nous dégoulinons comme de vieilles serpillières accrochées à des balais-brosses, mais des serpillières souriantes.

Après le déluge la route fume…

… et les vaches sont de sortie !

Un peu plus tard le soleil pointe le bout de son nez entre les nuages. Nous arrivons à la frontière Monténégrine et nous nous faisons offrir un café par des marcheurs…

4. Une nuit en “no man’s land”


Nous sommes presque à 2000 mètres, le paysage est magnifique et nous préférons dormir ici plutôt que de descendre dans la vallée au Kosovo et ne pas trouver de coin pour camper. Du coup, nous bifurquons sur un chemin et trouvons un endroit où camper à l’abri des regards entre la frontière Monténégrine et le Kosovo. Nous dormirons en terre libre ! 🙂

2000m, et si nous dormions ici ?

Nous montons la tente rapidement car le temps n’est toujours pas au beau fixe et nous passons une bonne nuit.
Réveil à 5h heures du matin, je fais quelques pas dans la rosée, le paysage décoiffe, les montagnes sous la brume… mais brrr, il fait un froid de canard !

réveil dans le no man’s land

Tôt le matin…

Une heure plus tard, emmitouflés comme des bibendums, nous enfourchons nos montures. A nous la descente, à nous le Kosovo !

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 Posted by at 6:27 am

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