18. Macedoine

 


1. De Debar à Struga: une route dans la vallée
2. Le lac d’Ohrid
3. Sur la route de Bitola
4. Divergences d’opinions

1. De Debar à Struga : une route dans la vallée


Nous venons de passer la frontière Macédonienne et nous roulons vers Debar. Le paysage est très similaire à ce que nous avons vu ce matin en Albanie mais sur la route, beaucoup moins de gens nous saluent ou nous klaxonnent.

Nous arrivons à Debar en début d’après midi. Après avoir inspecté toutes les stations services à la recherche d’essence blanche pour notre réchaud, nous retournons en ville pour entreprendre une recherche plus approfondie. Je me ballade pendant près de deux heures d’un magasin à l’autre et revient bredouille… Nous pourrions remplir notre réchaud avec de l’essence sans plomb mais je n’aime pas cuisiner avec l’odeur d’une station service.

Lac de Debar

Niché au cœur des montagnes, le lac de Debar me rappelle les paysages de Norvège. La silhouette des montagnes se reflète dans les eaux bleues du lac, c’est l’endroit idéal pour faire trempette et nous soulager de la chaleur estivale après notre aventure dans les montagnes albanaises, mais les seules plages que nous apercevons sont de l’autre coté du lac, et bizarrement, elles sont désertes.

La vallée au sud de Debar

Nous continuons notre route vers le Sud en direction du lac d’Ohrid. La route à flanc de colline offre une vue sur le lac qui serpente dans la vallée. Nous nous arrêtons régulièrement pour contempler le paysage et chercher un moyen de descendre se baigner.

Sur la route en direction entre Debar et Struga

En milieu d’après midi, nous trouvons finalement un chemin qui mène à une plage déserte le long de la rivière. Un endroit parfait pour camper, le seul souci est que nous n’avons pas d’eau. Je laisse Tina aller chercher du bois tandis que je pars à la recherche d’une source d’eau, il y en a régulièrement dans la montagne. Une demi-heure plus tard je suis de retour avec de l’eau pour la soupe 🙂

Avant la tombée de la nuit nous étreignons les eaux claires de la rivière dans notre plus simple appareil. L’eau qui vient de la montagne est diablement fraiche mais l’endroit est magique, le silence, les montagnes, la nature… Pourquoi les gens s’épuisent t’ils au travail pour gagner tant d’argent alors que le bonheur ne coute rien ?

Camping le long de la rivière

Il ne faut pas abuser des bonnes choses alors, le lendemain, nous quittons notre petit paradis et continuons vers le Sud. La route dans la vallée est un peu moins belle que la veille. Struga est une ville assez touristique au Nord du lac d’Ohrid. Nous cherchons un hôte pour la nuit mais cette fois nous n’en trouvons pas. Tant pis, nous déambulons dans les rues, mangeons des bureks (cette spécialité yougoslave qui consiste en de la viande grillée ou du fromage blanc dans une pate feuilletée), écoutons de la musique (c’est toujours le ramadan et beaucoup de macédoniens sont musulmans) et une fois la nuit tombée nous décidons de reprendre nos vélo et partir à la recherche d’un endroit au dormir.

Entre Struga et Ohrid, la route est jonchée de déchets et nous n’avons pas tellement envie de dormir entourés de détritus. Pourquoi les gens sont ils si sales? Pourquoi la canette de Red Bull est devient elle si encombrante une fois vide que son heureux détenteur ne peut attendre de trouver une poubelle ?! Je n’ai jamais vu personne jeter une canette de Red Bull pleine… C’est le genre de question que nous nous posons alors que nous cherchons désespérément un endroit à poser nos tapis de sols pour dormir quelques heures. Nous essayons un champ, puis un autre, et finalement nous décidons de dormir dans un champ de maïs. Nous installons nos vélos autour de nous pour éviter qu’un éventuel tracteur ne nous écrase par mégarde et nous nous endormons bercés par le triste ronron de l’autoroute…

2. Le lac d’Ohrid


Après une bien mauvaise nuit, nous reprenons la route puis déjeunons en face du lac avec une petite baignade en prime avant de rejoindre Ohrid. Dans les environs d’Ohrid, nous nous arrêtons à un petit magasin et le vendeur est très intrigué par nos vélos. Comme beaucoup de gens que nous rencontrons, il essaie de soulever mon vélo et hallucine un peu sur le poids… Ohrid est une ville plus pittoresque que Struga. Encore une fois nous ne trouvons ni essence blanche, ni kaléidoscope (Tina cherche un kaléidoscope pour l’offrir à sa sœur depuis des lustres), mais il y a un grand marché où nous achetons quelques fruits.

Le lac d’Ohrid

Pluie… des trombes d’eau s’abattent sur Ohrid alors nous passons une bonne partie de l’après midi dans un bar à boire de délicieux chocolats chauds. En fin d’après midi nous rencontrons Goce, un couchsurfer qui nous a acceptés de nous héberger à la dernière minute. Goce héberge déjà un couple italo-brésilien et propose que nous dormions dans une petite caravane dans son jardin 🙂

Avec Goce et sa famille nous passons deux jours formidables à Ohrid. Nous visitons la ville, dénichons une petite plage cachée dont seuls les locaux ont le secret, mangeons de délicieuses pâtisseries préparées par Maja, la sœur de Goce, et discutons de la Macédoine. Nous apprenons d’ailleurs beaucoup de choses sur ce petit pays dont nous ne savions finalement pas grand-chose, si ce n’est que la Macédoine est très renommée pour la beauté de ces parcs nationaux.

Voilà une petite anecdote croustillante dont nous n’avons toutefois pas vérifié la véracité : Le gouvernement hollandais aurait corrompu le gouvernement de Macédoine pour que la Macédoine mette en place un nouveau système de santé : un système de santé conçu par la Hollande, pour la Hollande mais qui n’a jamais été testé. Le test ? La Macédoine, état de même taille que la Hollande et assez facile à corrompre pour servir de cobaye. Le genre d’infos qui ne percent jamais à l’ouest.

Ohrid, la Macédoine telle que je l’avais imaginée

Il y a en Macédoine un fort sentiment patriotique. D’après nous, cela est très lié au fait que les macédoniens sentent que leur pays n’est pas respecté à l’échelle internationale. En Serbie on entend dire parfois que la Macédoine est le Sud de la Serbie. Certains Bulgares pensent qu’il s’agit de l’ouest de la Bulgarie. De même, les Albanais assimilent la Macédoine à l’est de l’Albanie. Quant aux Grecs, ils se battent encore pour que l’état de Macédoine ne puisse pas porter le nom « Macédoine » car la Macédoine est déjà une province de la Grèce. On entend également parler de l’immigration massive des Albanais. Il y a près de 20% d’Albanais en Macédoine. Dans certaines villes de l’ouest comme Tetovo, les Albanais représentent plus de la moitié de la population. Les Macédoniens craignent que leur pays ne soit petit à petit absorbé par les immigrants comme l’a été le Kosovo.

Avec la famille de Goce, note hote à Ohrid

Avant de Quitter Ohrid, je montre au père de Goce (qui est docteur) une bosse que j’ai sur la jambe depuis près d’un mois, me dit que j’ai une hémorragie dans un os ! Je n’avais jamais entendu parler d’un truc pareil… Ca passera en quelques jours avec les médocs.

3. Sur la route de Bitola


Frais de ces quelques jours de repos à Ohrid, nous reprenons la route en direction de Bitola. La route passe dans les montagnes, mais malgré un col à 1200 mètres, la route est facile. Il y a quelques monastères orthodoxes perchés à flanc de montagne dans la forêt.

Tunnels, sur la route de Bitola

Les quelques villages que nous traversons dans l’après-midi nous réservent quelques surprises comme cette improbable voiture sans carrosserie que nous apercevons dans les rues de Resen. On a une photo un peu plus bas 😉

Un garçon remplit mes bouteilles à la fontaine du village

Zastava, un symbole d’ex-Yougoslavie

Une voiture pas comme les autres

Dans une montée je sens que mon vélo se déporte bizarrement. Je m’arrête pour inspecter ce qui cloche : Je suis crevé ! C’est ma première crevaison après 6000 km. Les pneus Schwalbe Marathon Extreme réputés increvables ne sont pas si increvables !
Un peu plus tard c’est une de mes plaquettes de frein qui se casse. Le ressort qui maintient les plaquettes est complètement tordu, je dois changer la paire.

Première crevaison après 6000 kilomètres

Nous avons pris un peu de retard mais cela nous permet d’admirer un joli coucher de soleil sur les montagnes au Nord de Bitola pendant les 10 derniers kilomètres.

Coucher de soleil aux environs de Bitola


4. Divergences d’opinion


Nous arrivons de nuit à Bitola (anciennement Monastir). Le centre ville est assez joli. Nous attendons notre hôte dans un parc au pied d’une grande tour. La légende raconte que les ottomans ont collecté 60,000 œufs et les ont mélangés pour fortifier les murs de la tour… Ah, enfin notre hôte arrive ! Il nous invite d’emblée boire une bière avec ses amis chasseurs et pêcheurs. Assis en terrasse nous nous ennuyons un peu. Tina est la seule fille et la plupart des gens quasiment personne ne parle anglais.
Un mec me demande : “You are clean French?” (littéralement: “Tu es un français propre?”)
Je sais que les français ont la réputation de ne pas se laver souvent mais pour le coup j’ai pris une douche ce matin à Ohrid… est ce que je sens mauvais ?
Puis il enchaine : I am clean Macedonian, it is good that you are clean French… There are so many foreigners in the French team.
Je comprends enfin où il veut en venir, il est “Macédonien de souche”, et en plus il regarde le foot. Il est mal tombé ce vil gredin, ce genre de conversation m’agace. Je lui dis seulement que je n’ai rien contre les étranger, que je respecte tout autant un Français de parents français qu’un Français de n’importe quelle origine, s’il se pointait en France comme une fleur avec son passeport Macédonien, il ne sera pas mieux perçu qu’un Albanais ou un Turc.

La soirée continue dans le jardin d’un autre ami de notre hôte qui est aussi pêcheur. Cette fois Tina n’est pas la seule représentante de la gente féminine, il y a la femme du mec qui nous a invité et elle a préparé deux délicieux poissons en sauce. A notre grande surprise, nous sommes les seuls à lui dire combien son poisson est un délice. Cette scène me marque beaucoup, ces hommes qui rigolent entre eux, et cette jeune femme assise à coté de nous. D’aucun s’accorderait à dire qu’elle est infiniment plus belle que son mari. Lorsque nous évoquons notre voyage, elle nous dit qu’elle aimerait tellement voyager également, puis elle hausse les épaules et nous fait signe qu’avec “lui”, ce ne sera pas possible car il n’aime pas voyager.
Puis le mari me demande : “Tu as un opinel?”
Moi: “Oui j’ai un opinel, c’est pratique en voyage…”
Lui: “Ah j’adore les opinel, ca c’est des couteaux ! T’as quelle taille ?”
Moi: “Euh… probablement numéro 8…”
Lui: “Ah moi j’en ai un plus grand, je peux te le montrer…”
Moi: “Non franchement ca va aller…”
Lui: “Si si, je peux te le montrer…”
Puis il s’adresse à sa femme: “va chercher mon opinel!”
J’arrive à peine à croire sur quel ton il lui parle et personne à table ne semble choqué, sauf nous.
Plus tard dans la soirée, après quelques verres de bière, ils parlent de chasse et il ordonne une nouvelle fois à sa femme : “Va chercher mon fusil !”, je lui rétorque que nous ne voulons pas voir son fusil, il demande à nouveau: “Allez, va chercher mon fusil !” mais, voyant que nous insistons pour ne pas le voir elle n’y va pas… Je dresse ici un tableau assez obscur de notre première soirée à Bitola mais je dois dire qu’à part cet aspect, nos hôtes étaient tous très gentil avec nous, ils nous ont offert à manger et à boire et se sont souciés de nous. Je profite juste de cette soirée pour pousser un ultime coup de gueule sur cette mentalité de machos encore omniprésente dans les Balkans.

La nuit à Bitola

Le lendemain matin, assis devant chez notre hôte avec une bière, nous avons une discussion un peu houleuse. Nous lui posons une question sur la Grèce car nous allons nous rendre en Grèce dans les jours qui viennent. Il nous répond que malgré la proximité de la Grèce, il n’y a jamais mis les pieds et qu’il ne veut surtout pas y aller. Il nous répète ce que Goce nous a expliqué, à savoir que les grecs refusent que la Macédoine s’appelle “Macédoine” et le pays s’appelle officiellement “Ancienne République Yougoslave de Macédoine”. Notre hôte nous dit que s’il devait se battre pour le nom de son pays, alors il serait le premier à prendre son fusil pour aller descendre des Grecs. Je lui rétorque gentiment que s’il est prêt à aller descendre des innocents en Grèce pour un nom sur son passeport, alors c’est un idiot.

Un peu plus tard, il nous explique combien la police en Macédoine est corrompue. Bière la main, il nous raconte qu’il était un jour en moto et qu’il a renversé un petit vieux sur un passage piéton : “J’étais complètement bourré, j’aurais du aller en taule ou avoir une amande mais je connais des mecs dans la police, je n’ai rien eu…”
Tina, outrée, lui rétorque qu’elle trouve son comportement honteux et qu’il pourrait au moins avoir le décence de ne pas s’en vanter.
Nous avions prévu de rester deux jours à Bitola mais nous décidons de partir.

Nous visitons tout de même la ville l’après midi et le soir venu, nous nous mettons à la recherche d’un endroit où passer la nuit. Nous roulons sur un petit chemin puis poussons les vélos sur un sentier jusqu’à un champ où nous avons une jolie vue sur la ville. Comme d’habitude on fait notre petite popote. Un petit chien est venu nous tenir compagnie. Nous dormons à la belle étoile et il dort à coté de notre bâche…

Réveil sur une colline

Le lendemain matin au réveil, le petit chien est toujours là. Tina en profite pour lui donner le reste de nos petits beurres achetés à Peshkopi car même avec du Nutella ils sont immangeables, ils ont un arrière gout de pétrole.

Fin des petits beurres de Peshkopi

De bon matin nous visitons les ruines grecques d’une ancienne cité aux environs de Bitola puis nous cheminons doucement vers la Grèce, notre ultime étape avant la Turquie.

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 Posted by at 10:38 pm

  4 Responses to “18. Macedoine”

  1. J’aime beaucoup la photo prise sur le fait où tu émerges doucement, tandis que le chien est allongé là, pépère, squattant le coin avec vous. Ca devait être sympa comme lieu de camping !

  2. On a un peu galéré pour le trouver mais c’était cool, on avait vue sur toute la ville de Bitola 🙂

  3. hi are you Which country?

  4. I’m really sorry that you had to meet this kind of people in Bitola. As you confirmed they still exists but most of us are not like that. If you ever have a chance to come back to Bitola then let us know and for sure you will have better and more pleasant stay.

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