11. L’ouest de la Hongrie

 


1. Sous la pluie
2. Győr
3. Bakonybél
4. Veszprém
5. Lac Balaton
6. Une chaleur étouffante
7. Pécs
8. Villany

1. Sous la pluie


Par la fenêtre de l’appartement de nos hôtes à Bratislava, nous regardons l’orage. La pluie battante ne cesse de tomber depuis une heure. Résignés, nous enfilons nos vestes et nous partons comme deux marins dans la tempête. Nous suivons une route que j’ai prise il y a 3 mois avec Vookie en direction de Győr, mais cette fois je sais où passer et nous n’irons pas nous perdre dans les villages.
Vers midi, la pluie cesse un moment et nous en profitons pour casser la croute vers une écluse. Passé la frontière hongroise la pluie reprend de plus belle, sans interruption jusqu’à Győr. Nous roulons pendant des heures sous la pluie. Sur la piste cyclable, des milliers d’escargots sont de sortie et nous essayons de les éviter tant bien que mal. Tina se dit que les conducteurs des voitures qui nous doublent doivent avoir pitié de nous ou nous prendre pour des malades de faire du vélo par un temps pareil, mais finalement ce n’est pas si désagréable de rouler sous la pluie…
Tina : « Tu sais, c’est cool de voyager avec toi, tu ne te plains jamais ! »
Moi : « Mouais, pour l’instant toi non plus. »

2. Győr


Péter à Győr

A Győr nous sommes accueillis par Péter, un photographe plutôt doué. Nous nous reposons pendant deux jours, mangeons des langós sur la berge de la rivière, cuisinons une ratatouille avec deux anglaises en voyage à travers l’Europe et rencontrons également deux jeunes Polonais accueillis chez Péter. En face d’un verre de vin d’Eger, nous discutons de la Hongrie et du régime politique actuel qui dérive doucement vers une dictature.
Nous profitons du retour du soleil pour visiter Győr. La ville est d’ailleurs particulièrement animée ces jours ci car elle abrite le festival des enfants. Il y a des bambins plein les rues !

Tina et Péter à Győr

Ces derniers mois, beaucoup de gens m’ont demandé : « Ca va tes fesses ? Assis sur une selle tous les jours… »
Je répondais sans mentir « Ca va, ma selle en cuir est confortable », mais la vieille selle de Tina est trop dure pour les distances que nous couvrons. Nous faisons donc une petite virée à Décathlon pour acheter une nouvelle selle. Après bien des hésitations, le vendeur lui conseille une selle avec du gel, le truc à la mode… Erreur ! Les selles en gel sont agréables au toucher en magasin, mais dès qu’il s’agit d’être assis dessus elles sont particulièrement inconfortables. Le lendemain, alors que nous quittons Győr, nous repassons à Décathlon pour échanger cette selle futuriste pour une autre selle plus simple, moins chère, et qui s’avèrera beaucoup plus confortable.

3. Bakonybél


A travers les champs

Lorsque j’ai contacté Agi via Couchsurfing pour savoir si elle pouvait nous héberger à Bakonybél, un petit village dans les collines au sud de Győr, elle m’a répondu qu’elle ne serait pas à Bakonybél cette semaine mais que si nous passions par là, sa voisine nous donnerait les clés de la maison ! Nous prenons la route de Bakonybél sous un soleil de plomb. La chaleur est intenable. Je regarde Tina qui tire la langue alors que nous abordons les premières côtes depuis Brno. Non, la Hongrie que beaucoup décrivent comme “pancake flat” (plate comme une crêpe) n’est pas complètement plate ! Dans les villages les gens sourient. Nous croisons également une charrette tirée par un cheval (je n’en avais pas vu depuis la Pologne). Aucun magasin n’est ouvert le samedi après midi et nous n’avons presque rien à manger pour ce soir.

Encore à travers les champs

En fin d’après midi nous essayons de prendre un raccourci à travers la forêt. Le chemin est un peu boueux mais nous traversons finalement la forêt et nous voilà dans les champs : le blé doré oscille sous le soleil, l’église d’un village à l’horizon nous indique la direction, l’air est pur, la liberté ! Mais la rêverie n’a qu’un temps et nous arrivons bientôt en face d’un fossé qu’il nous faut franchir. Tina, optimiste, propose de soulever les vélos par-dessus le fossé mais mon vélo fait plus de 60 kilos donc l’opération est un peu délicate. De justesse nous passons sans encombre. Un peu plus tard nous rejoignons le village et reprenons la route, fiers de notre petite aventure.

Le jardin de notre maison d’un soir à Bakonybél

Après 15 kilomètres de montée en pente toute douce nous arrivons à Bakonybél. Un homme sur son vélo rouillé, visiblement un habitué du bar-PMU, nous baragouine en Hongrois que le magasin du village est fermé. Tant pis, nous récupérons la clé et pénétrons dans la maison de campagne. Quelques images pieuses au mur, une bibliothèque remplie de bouquins dans le couloir, une petite voiture sur la commode et quelques jouets pour les gosses… Nous n’avons rien à nous mettre sous la dent excepté du mil et une soupe chinoise déshydratée que nous mangeons en discutant de la suite de notre voyage : Croatie ? Slovénie ? Serbie ? Bosnie ? Tina s’endort sur la table pensant que je lis.

4. Veszprém


Tina dans la sable…

Une bonne assiette de pâtes au réveil, rien de tel pour entamer une journée qui s’annonce chaude. La plupart des routes principales en Hongrie sont interdites aux vélos, alors pour éviter de faire un détour nous décidons de suivre une route en pointillés sur ma carte. On se demande un peu où va nous mener cette prétendue route qui s’apparente plus à un chemin de cailloux à travers les collines. Après une heure de galère nous retrouvons l’asphalte mais nous nous trouvons bientôt confronté à un autre problème. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Veszprém et cette fois la seule route qui mène en ville est une autoroute ! Je maudis une fois de plus ma carte Michelin qui en plus d’être imprécise, est absolument fausse par endroit. Nous n’avons pas d’autre alternative que de rouler dans les champs…

A travers la carrière

D’un champ à l’autre, roulant tantôt dans l’herbe, tantôt dans la terre, nous longeons l’autoroute en avançant comme des escargots. Nous nous croyons sauvés lorsque nous apercevons un pont sur l’autoroute car un pont signifie une route ! Eh bien pas cette fois, ce pont flambant neuf sort de nulle part. Il mène d’un coté à un chemin de terre complètement défoncé qui s’enfonce dans la forêt et de l’autre coté il débouche sur une route barrée qui mène à une carrière. Je n’ai encore jamais fait de vélo dans une carrière mais c’est l’occasion rêvée. Nous sommes dimanche alors avec un peu de chance nous passerons incognito. Nous franchissons la barrière, poussons les vélos par dessus le tas de cailloux qui bloque la route, faisons mine de ne pas comprendre les panneaux « Tilós ! » avec des points d’exclamations partout et nous voilà dans la carrière. Le gout de l’interdit se mêle au plaisir de rouler sur un vrai chemin… mais bientôt notre insouciance est de nouveau troublée : nous arrivons en face d’une maison, d’une grande grille et d’un portail ! En toute logique, je me dirais « on ne rentre pas », mais là nous somme à l’intérieur ! Trop tard pour faire demi-tour. Nous jetons un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche puis nous déchargeons les vélos et les passons par-dessus la barrière. A nous Veszprém !

Judit et Gabor, nos hôtes à Veszprém

Arrivés à Veszprém, nous sommes exténués alors que nous avons à peine roulé 30 kilomètres aujourd’hui et, cerise sur le gâteau, il commence à pleuvoir. Je me rappelle avoir contacté il y a une semaine une famille à Veszprém et leur avoir dit que finalement nous ne viendrions pas. A tout hasard, je recherche leur numéro et passe un coup de fil. Au téléphone, Gabor un peu surpris demande à sa femme puis me dit que nous sommes les bienvenus chez lui. Nous tournicotons une petite heure dans Veszprém pour trouver l’adresse dont nous avons oublié à la fois la direction et le nom de la rue puis nous sommes accueillis par la famille de Gabor. Les gamins sont assis à table, encore plus sages que des images, ils nous sourient et nous posent quelques questions en anglais sous les encouragements de leur papa. Bientôt ils nous quittent pour aller se coucher et nous continuons la discussion avec Gabor et sa femme Judit qui insiste pour nous faire gouter des spécialités hongroises. On craque bien évidemment !

5. Lac Balaton


Arrivée au lac Balaton!

Nous passons la nuit dans un lit double tout confort à l’étage. Pour une fois je ne regrette pas de ne pas me faire attaquer par des tonnes de fourmis et autres insectes ! Au matin nous partageons un copieux petit déjeuner préparé par Judith. Avec le sourire et le ventre plein, nous prenons la route du lac Balaton, le plus grand lac d’Europe. Nous suivons une route que Gabor nous a conseillé la veille et nous arrivons vite au lac. Autant d’eau et il fait si chaud ! Sur la piste qui longe le lac en direction de Tihany, nous croisons beaucoup de cyclotouristes, tous un peu moins chargés que nous. J’imagine qu’ils font le tour du lac. Nous sommes bien content de ne pas le faire, le plat nous ennuie…

Vue sur le Balaton depuis Tihany

La cathédrale de Tihany est située en haut d’une butte sur une péninsule. De quoi faire un peu d’exercice avant de se reposer en face du panorama. Je me rappelle être venu à Tihany en 2005 au début de mon voyage en stop. Les colliers de poivrons séchés pendent devant les maisonnettes aux toits de chaume. Nostalgie…
Plus tard nous prenons le ferry pour traverser le lac et roulons jusqu’à Siófok où nous sommes accueillis par Aniko, une jeune hongroise qui vit avec sa mère. Nous rencontrons aussi Yohann, un français qui est parti il y a un mois pour faire un tour du monde.

Aniko nous emmène avec Yohann à une fête de l’autre côté du lac chez des amis qui sont producteurs de vins. Leur vin plafonne à 21 degrés, je n’ai jamais bu un vin pareil ! La baraque est immense et les invités sont évidemment quelque peu éméchés. Nous enchainons les verres de vins et les petits gâteaux. Je parle beaucoup avec Yohann tandis que Tina joue du piano, chante, puis dort… Une bonne soirée !

6. Une chaleur étouffante


En route pour Pécs

De retour à Siófok le lendemain matin, nous visitons la ville. La capitale touristique du Balaton est d’un ennui mortel ! Siófok est une succession de bars sans âme qui distillent de la techno à deux balles, de restos à touristes, de salles d’arcades, de plages privées entourées de grillages… Ibiza made in Hungary. Chez Aniko, nous préparons une ratatouille avec Yohann puis nous nous quittons le lendemain matin, lui vers la Roumanie, nous en direction de la Croatie.
La chaleur est trop intense pour rouler en journée alors nous restons au bord du lac jusqu’en milieu d’après midi, puis nous reprenons la route vers le sud. En fin d’après midi, nous recherchons un coin tranquille où poser la tente et faire un feu. Nous nous installons finalement non loin d’un étang derrière une étrange maison en ruine.

Entrain de faire du feu

Nous allons chercher du bois et des cailloux pour ne pas faire le feu directement dans l’herbe puis Tina me regarde perplexe :
« Là où on a pris les cailloux derrière la maison, on dirait un tombeau… »
C’est que… Gloups… Où vas-tu chercher ca ?!
Je lance avec assurance un « Non je ne crois pas ! » De toute façon c’est trop tard, on en a déjà enlevé les pierres, on les remettra demain. Tina fait du feu puis nous cuisinons en se faisant, comme d’habitude, bouffer par les moustiques. Allongés dans l’herbe à côté du feu, nous regardons les étoiles, seuls au monde…
A l’aube, nous nous croyons encore un peu trop seuls au monde lorsqu’une mobylette surgie de nulle part passe sur un chemin non loin de nous. L’homme, tout enjoué d’apercevoir deux campeurs dans leur plus simple appareil nous crie quelques mots en hongrois. On se contente d’écarquiller les yeux en se demandant d’où il sort.

De l'eau !

Après un petit déjeuner vers l’étang, nous continuons notre route vers Pécs. La chaleur est infernale, mon compteur affiche 42 degrés! Dans un village, je vais acheter un yaourt et pendant ce temps là Tina se fait offrir une bouteille d’eau par un routier. Nous vidons les bouteilles aussi vite que nous les remplissons. Plus tard nous nous arrêtons pour utiliser une de ces fameuses pompes bleues que nous trouvons dans chaque village mais une petite vieille nous fait signe de plutôt utiliser le puit. Nous envoyons un vieux sceau dans le puit, et nous remontons quelques litres d’une eau claire et fraiche. Le bonheur tient à peu de choses. A peine avons nous le temps de nous rincer le visage qu’un homme nous interpelle en Français :
« Vous êtes Français? Je parle un peu français, j’ai travaillé en France… »
Les nouvelles vont vite !

Sur la route de Pécs, la Hongrie n’est pas si plate

Plus au sud nous roulons à nouveau dans les collines. Nous alternons les montées et les descentes avec l’impression que nous n’y arriverons jamais. Nous faisons un détour pour ne pas aborder Pécs par l’ouest car le Hongrois qui parlait Français nous a dit que la route était interdite aux cyclos. La nuit tombe et nous sommes toujours à une vingtaine de kilomètres de Pécs entrain de jouer aux montagnes Russes. Lorsque nous rejoignons la route principale qui mène à Pécs depuis le nord, nous sommes morts de fatigue et consternés en voyant que la route monte à nouveau et qu’elle est interdite aux vélos ! Tant pis… Nous continuons sur la route en ignorant les panneaux, nous croisons les flics et faisons mine de rien, puis enfin, nous arrivons à Pécs après 136 kilomètres !

7. Pécs


Pécs

Pécs est une ville absolument magnifique. Nous avons trouvé les gens très souriants, une atmosphère très relax malgré la canicule et beaucoup de cafés avec des jardins. Capitale de la culture en 2010, Pécs a pris un coup de jeune tandis que la plupart des monuments ont été rénovés. Nous sommes accueillis dans un immeuble au centre ville par un jeune couple Franco-Hongrois, Jean-Christophe et Orsi. Jean-Christophe est prof de français à Pécs. Il pensait rester un an en Hongrie mais il est tombé amoureux et depuis 5 ans il vit ici avec Orsi. Cuisinier hors-pair, il nous fait découvrir quelques spécialités locales à la sauce française, et quelques bons vins locaux. Quel plaisir de rencontrer des Français qui ne jurent pas que par leur saucissons et leurs camemberts !

8. Villany


Un village sur la route de Villany

C’est avec regret que nous quittons Jean-Christophe et Orsi après deux jours très agréables. Sortir de Pécs est une galère entre les routes interdites aux vélos et le manque de signalisation. Il nous faut plus d’une heure pour trouver la route de Villany puis nous faisons une pause, la chaleur est intenable. Nos Turo Rudi (sorte de Snickers hongrois au fromage blanc) tout fondus ressemblent à une crème chocolat. Plus tard, Tina me propose un raccourci qui ne mène nulle part, déçus, nous revenons sur nos pas et suivons la route principale. A l’horizon se dessinent les collines de Villany, une localité qui produit des vins rouges très renommés.

Coucher de soleil sur la route de Villany

Lorsque le soleil se couche, les températures deviennent enfin supportables. A Villany nous demandons aux piétions où trouver une cave ouverte malgré l’heure tardive. On nous conseille d’aller chez Bock, un des vignerons les plus prestigieux de Hongrie. Dans la cours, nous garons nos vélos à coté des Mercedes dernier cri immatriculées en Suisse, puis nous arrivons tout déguenillés en face du serveur en costume pour lui demander sa bouteille la moins chère… eh non! Avec nos quelques pièces, nous avons juste assez pour nous payer le deuxième prix ! Quel luxe ! Avec notre bouteille emballée dans un joli carton, nous reprenons la route dans la nuit. Nous n’avons aucune idée d’où nous allons dormir ce soir…

Lever de soleil depuis une vigne

Nous tentons l’ascension d’un chemin caillouteux à flanc de colline. Quelques maisons, des vignes… un peu plus loin on pense trouver un champ mais il y a une chaine et de l’autre coté de cette chaine nous distinguons d’étranges sculptures, une sorte de Stonehenge moderne aux allures mystiques éclairé par nos lampes. Une lumière s’allume dans une maison, un gardien… Et si on allait ailleurs ? Le chemin monte toujours et mène à une ultime vigne dans laquelle nous décidons de dormir, une fois de plus à la belle étoile. Nous cuisinons une sorte de poêlée campagnarde accompagnée par notre fameuse bouteille ! Au matin, après une nouvelle nuit à me faire dévorer par les bestioles (je me fais manger 5 fois plus que Tina), nous revenons voir ce Stonehenge hongrois et déjeunons à coté des statues, puis nous prenons la route pour la Croatie.

<< article précédent article suivant >>
 Posted by at 12:05 am

  One Response to “11. L’ouest de la Hongrie”

  1. “Nous croisons également une charrette tirée par un cheval (je n’en avais pas vu depuis la Pologne)”

    Ah ah oui, ça m’avait impressioné de voir ça moi aussi ! Ton article est super chouette, j’ai hâte de passer par la Hongrie cet été !

    Keep going

 Leave a Reply

(*)

(*)