19. Grèce

 


1. Fini les Balkans !
2. Thessalonique
3. Halkidiki
4. Notre petit paradis
5. Crevaisons, mouches et orages
6. La traversée de la Thrace

1. Fini les Balkans !


Nous venons de quitter la Macédoine et nous sommes en … Macédoine ! Eh oui, jusqu’à Thessalonique nous allons traverser la Macédoine Grecque. Nous ressentons toujours une certaine excitation à arriver dans un nouveau pays mais comme d’habitude, il n’y a pas de changement flagrant, seulement quelques détails nous signalent que nous avons quittés les Balkans : des volets peints en bleu dans les villages, les panneaux de signalisation écrits en Grec et les gens un poil moins souriants.

Aux couleurs de la Grèce

Nous n’avons pas de carte routière de Grèce mais j’ai relevé à l’arrache sur un bout de papier quelques noms de villages et de villes qui se trouvent sur la route d’Edessa. Nous avons stocké un peu nourriture car nos n’avons pas d’euros et nous allons peut-être rouler deux jours avant de trouver une banque. Après un petit piquenique à l’ombre dans la cours d’une église, je crève une nouvelle fois et à chaque crevaison je dois enlever toutes les sacoches pour pouvoir manipuler le vélo.

La région que nous abordons est vallonnée et peu peuplée. Nous roulons sur une route qui sillonne un paysage minimaliste et atypique, des champs ambrés parsemés de quelques arbres. Parfois nous croisons un berger avec ses chèvres, le reste du temps nous sommes seuls sur la route, nous avançons, vers quoi déjà ? Peu importe, j’aime cette sensation de vagabondage. Loin de tout ce que je connais déjà, j’ai l’impression de vivre chaque moment avec plus d’intensité…

La route dans les collines

En fin d’après midi nous apercevons un lac en contrebas depuis le sommet d’une colline. Après quelques kilomètres de descente direction du lac, la route tourne bifurque à gauche et semble remonter dans les collines. Zut ! Flute ! Nous voulons dormir vers le lac ce soir alors nous quittons la route et prenons un chemin en direction du lac. Le chemin s’estompe peu à peu, cela fait plusieurs kilomètres que nous roulons dans les champs avec un très mince espoir. Une personne sensée aurait probablement rebroussé chemin… d’ailleurs, une personne sensée ne serait jamais arrivée jusque là. Arrivés en face d’un sentier qui s’enfonce dans les branchages, je persuade Tina de continuer, et contre toute attente nous arrivons une nouvelle fois en vue du lac. Il y a une voie ferrée en contrebas et une route, nous sommes sauvés ! Nous ne sommes pas les seuls à traverser la voie ferrée n’importe comment, il y a aussi trois tortues en file indienne…

Arrivés au lac, nous courrons nous baigner, enfin “piquer une tête” comme dit Tina. Le soleil est déjà couché alors nous montons la tente dans un champ de nectarines et de kiwis le long du lac et préparons à manger en regardant le reflet de lune sur le lac.

La lune sur la lac de Limni Vergotitis

Le lendemain matin après une petite baignade, nous reprenons la route de Thessalonique. La ville que nous apercevions hier de l’autre coté du lac s’appelle Arnissa, elle est quelque part sur mon petit bout de papier. Nous y trouvons d’ailleurs une banque où retirer de l’argent et nous en profitons pour prendre un café… à 2,80€ !!! J’ai cru une seconde que le serveur se foutait de nous quand il nous a annoncé le prix, mais non, nous sommes en Grèce et un café ici nous coute aussi cher qu’un menu dans une brasserie Tchèque. Lorsqu’il aperçoit nos vélos, le serveur nous offre une pâtisserie avant de partir faire sa pause de midi ! Nous restons assis à la terrasse pendant qu’il pleut des cordes… attente…

Marché à Arnissa

Plus tard dans la journée, nous croisons Vianney et Marine, un jeune couple de français qui voyagent au tour du monde en tandem (www.lestandemondistes.com). Lorsqu’on leur demande d’où ils viennent, ils répondent « Là, on arrive de Thaïlande. On est passé par la Chine, l’Asie centrale et la Turquie… et avant on était en Amérique du sud. Ça fait bizarre d’être en Grèce, on est presque arrivés maintenant. ».

Rencontrer des gens comme eux nous donne la patate pour continuer. Nous arrivons à Edessa, faisons vite fait le tour de la ville puis reprenons la route en direction de Thessalonique. Ce soir, nous allons passer la nuit dans un champ. Installés entre deux rangées d’arbres, nous nous rendons compte que notre choix n’était pas tellement judicieux lorsque soudainement des tuyaux d’arrosage se mettent à nous envoyer de l’eau. Après une brève analyse, on réussit à se caler entre les jets.

Au petit matin mon vélo est à nouveau à plat. J’ai des épines dans les deux pneus et Tina aussi. Sa chambre à air est une vraie passoire, nous trouvons au moins dix trous alors nous décidons de la changer. La route vers le sud est monotone et il fait trop chaud pour rouler à midi alors nous faisons comme d’habitude une petite pause. Installés comme des pachas à la terrasse d’un café fermé, nous cherchons sur internet quelqu’un pour nous héberger à Thessalonique… et nous trouvons Nadia ! Nadia accepte de nous héberger ce soir et elle nous écrit :
« J’ai du travail, je ne pensais accueillir personne mais je suis avec Yohann, il vous a rencontré sur la route et il m’a dit que vous êtes sympas alors venez, mais juste pour un soir ! »
Yohann ?!! C’est probablement Yohann avec qui nous buvions du vin en Hongrie. Qu’est ce qu’il fait à Thessalonique ?! Etrange coïncidence…

2. Thessalonique


Après une journée de route assez ennuyeuse nous arrivons à Thessalonique, la deuxième plus grande ville de Grèce. Dénicher la rue où habite Nadia s’apparente à un interminable jeu de piste dans lequel nous nous faufilons de boulevard en avenue et demandons à d’innombrables passants tandis que le soleil se couche. En face de chez elle, nous trouvons finalement Nadia accompagnée de Yohann !

Nadia est Française d’origine marocaine et elle vit en Grèce depuis quelques années. Nadia est tellement souriante et avenante que nous nous sentons instantanément bien en sa compagnie. Yohann quant à lui est à Thessalonique pour quelques jours et il est par hasard hébergé par Nadia. Nous somme heureux de le retrouver même s’il quittera Thessalonique le lendemain de notre arrivée pour se rendre en stop à Istanbul où un avion l’attend pour l’Afrique.

Thessalonique

Nadia n’a pas le courage de nous mettre à la porte, mais tandis qu’elle travaille, nous visitons Thessalonique seuls. Nous sommes enfin à la mer après plus de 2000 kilomètres depuis Brno, et environ 6000 kilomètres depuis mon départ. Contrairement à Athènes, Thessalonique est une ville assez peu touristique. Placée entre Istanbul et Athènes, Thessalonique est depuis longtemps une ville cosmopolite et multiethnique. Malheureusement, un grand incendie a détruit le centre de la ville en 1917 et il ne reste guère de traces des époques Grecque, Romaine, Byzantine et Ottomane. Si nous ne visitons pas de monuments, nous ne nous privons pas de pâtisseries grecques qui sont absolument délicieuses !

Thessalonique

Nous passons une soirée avec Thetis, une autre couchsurfeuse, qui nous parle de la Grèce d’aujourd’hui et de la crise économique. A ce sujet, beaucoup de Grecs nous disent qu’ils sont perplexes, qu’ils ne comprennent pas pourquoi la Grèce est montrée du doigt subitement car les Grecs n’ont pas changés leur façon de vivre subitement…

Le lendemain, sur un coup de tête, nous partons en stop avec Nadia jusqu’à Cassandra, une péninsule bordée d’hôtels cinq étoiles et de plages. A peine trente secondes après avoir tendu son pouce Nadia arrête un 4×4 Porsche qui nous emmène directement à Cassandra. Bien que nous arrivions en Porsche, nous n’iront pas à l’hôtel, nous profitons seulement des plages où quelques Russes fortunés font bronzette puis nous passons la nuit dans un camping de l’autre coté de Cassandra. Assis sur le sable en face de la mer, nous regardons la silhouette du mont Olympe qui s’estompe doucement à l’horizon. Cette fois nous nous sentons en vacances…

Toujours aussi chanceuse, Nadia parvient à arrêter pour le retour à Thessalonique un mec qui habite dans sa rue ! Je regrette presque de ne pas avoir été avec Nadia lorsque j’ai voyagé 3 mois en stop en 2005 !

Tina à Thessalonique

De retour à Thessalonique, nous passons une dernière soirée avec notre hôte marocaine. Ce soir il y a également un couple d’Allemands que Yohann avait rencontré quand il faisait du stop, et deux autostoppeurs français que les Allemands ont à leur tour invité. A six dans la cuisine de Nadia, nous jouons de la guitare et chantons, enfin moi je ne joue rien du tout, j’écoute 😉

Avec Nadia Thessalonique

C’est avant tout grâce à Nadia, sa bonne humeur et sa générosité que nous avons passé une si bonne semaine à Thessalonique. Nadia est devenue notre amie et elle va nous manquer. Deux semaines après nous, elle quittera Thessalonique pour aller vivre à Nouakchott en Mauritanie où elle a trouvé du travail à l’ambassade de France.

3. Halkidiki


De retour sur nos vélos, nous rejoignons la côte que nous avons décidé de suivre plus ou moins jusqu’à Istanbul. Une fois à la mer, on ne la lâche plus ! Nadia nous a convaincu de faire un détour par Sithonia, la deuxième péninsule de Halkidiki qui est plus pittoresque que Cassandra.

En Serbie, j’ai fait l’insolite pari de faire du vélo tout nu, mais la pluie a eu raison de moi. Je n’y ai plus tellement pensé jusqu’à aujourd’hui, et justement, il fait beau, il n’y a pas de képi en vue, alors ni une ni deux je m’arrête et fait un petit tour de vélo à poil vers la mer. Il faut me croire sur parole, on n’a aucune photo à l’appui 😉

La route le long de la cote est plaisante jusqu’au moment où nous nous perdons dans les villages au nord de Cassandra. Nous n’avons toujours pas de carte de Grèce, seulement une carte grossière de la région que nous avons dénichée à l’office du tourisme de Thessalonique. Nous demandons notre route à plusieurs reprises mais finalement nous rejoignons à nouveau la mer. Il est temps de chercher un endroit où dormir. Nous trouvons finalement une plage ou nous installons nos tapis de sols, sortons de nos sacoches une bouteille d’un vin local achetée en chemin et partons nager quelques brasses sous les étoiles… C’est notre première nuit à la mer : la vie est belle 🙂

Réveil sur la plage

J’émerge doucement de mon sommeil… personne… Tina a du partir nager ou se promener… j’écoute les vagues, le soleil réchauffe mon sac de couchage… je baille… je somnole encore un peu et dans 5 minutes j’irai nager…

Sur la côte, la route est magnifique et il fait tellement chaud entre 10 heures et 17 heures que nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour aller nager dans l’eau turquoise, sur des plages de sable désertes. Quel bonheur !

En vélo à Halkidiki (pause pipi)

Dans l’après midi, nous allons demander de l’eau à des gens qui discutent dans leur jardin. Ils parlent un anglais parfait (ils ont vécu en Australie) et insistent pour remplir chacune de nos bouteilles avec de l’eau minérale. Ils nous offrent également à chacun une glace, par cette chaleur ça ne se refuse pas… Au fur et à mesure que nous leur racontons notre voyage, ils nous offrent des fruits, des légumes, des biscuits et même des poissons frits qu’ils ont préparé à midi. Nous sommes vraiment touchés par leur générosité et nous sommes également heureux de voir qu’en Grèce aussi, malgré un accueil généralement beaucoup plus froid que dans les Balkans, certaines personnes ont le cœur sur la main.

Un peu plus tard, nous trouvons une plage et, après une énième baignade, nous regardons le coucher de soleil en mangeant notre délicieux poisson frit. J’ai l’impression de vivre le voyage dont j’ai toujours rêvé.

Coucher de soleil


Menu au petit dej : Pastèque !

Ce soir, nous dormons à la belle étoile un parc non loin de là. Après une petite heure, nous sommes réveillés par de la flotte. Je pense d’abord qu’il pleut, mais non, nous nous sommes à nouveau installés juste à coté d’un fourbe tuyau d’arrosage qui se met en marche au milieu de la nuit ! Nous cherchons à tâtons un endroit qui restera sec avant de continuer notre nuit, un peu humides tout de même…

Au petit déjeuner, nous mangeons une petite pastèque que nous avons chapardée la veille dans un des nombreux champs le long de la route.

Tout comme la veille, nous longeons la côte en direction de Sithonia. Nous progressons lentement car le paysage est magnifique et nous passons plus de temps sur la plage ou à nous baigner qu’en selle.

Nous passons une nouvelle fois la nuit sur une plage au Nord de Sithonia. Le lendemain, à Sithonia, nous roulons vers le sud sur une route très vallonnée. Nos efforts sont récompensés par quelques magnifiques points de vue. Lorsque le soleil se couche, nous croisons les doigts pour que l’endroit que nous a indiqué Nadia soit à la hauteur de nos espérances.

Sythonia


4. Notre petit paradis


Nous arrivons enfin à cette fameuse plage. Nous ne sommes pas les seuls, quelques camions diffusent de la drum ‘n bass, il y a un bar sur la plage mais l’ambiance ici est bien différente d’une plage touristique traditionnelle. Nous poussons les vélos entre les rochers pour trouver un coin un peu en retrait. La côte est très pittoresque et nous avons une vue sur le mont Athos, cette montagne sacrée appartenant à une communauté théocratique rattachée au Patriarcat œcuménique de Constantinople, et dont on ne cesse de nous répéter que l’accès est interdit aux femmes. Wikipédia nous en dit un peu plus : “Les monastères de l’Athos étant masculins, la montagne entière est strictement interdite aux « créatures femelles » en général, et aux femmes en particulier (règle de l’abaton ; il est toutefois sous-entendu que cela ne concerne que les vertébrés domestiques à l’exception des poules et des chattes).”

Vue sur le mont Athos depuis Kavourotripes

Nous nous contenterons de Sithonia et ce soir nous avons trouvé une jolie petite plage pour poser notre tente. Comme d’habitude, nous préparons notre petite popote et mangeons en écoutant les vagues…

Et voilà, un peu de repos après les montagnes...


Ambiance de vacances !

Le lendemain matin, à peine réveillés nous allons nager. Cet endroit est tout bonnement paradisiaque. Nous voulons rester quelques jours mais nous n’avons pas d’eau et il n’y a aucun point d’eau dans les environs. Un bulgare à la peau rougie par un premier jour au soleil vient nous dire qu’il nous a aperçus sur la route. Je lui demande pourquoi il vient en vacances ici et il me répond : « Je suis venu en vacances ici parce qu’avant c’était la Bulgarie ! ». Mauvaise réponse, en voilà un qui est mal barré pour devenir notre ami ! Je suis fatigué d’être régulièrement en contact avec des esprits expansionnistes, qui sont ces jeunes qui veulent revenir à des époques qu’ils n’ont pas connues ? Il en rajoute une couche en nous demandant si nous sommes allés en Bulgarie. Nous lui répondons que non et il s’empresse de nous dire : « Ah, je m’en doutais ! Je sais ce que vous pensez de la Bulgarie, mais vous vous trompez ». Encore une mauvaise réponse, j’ai décidé il y a quelques jours de traverser la Bulgarie après Istanbul, et pour l’instant je n’en pense pas grand-chose, mais je n’ai pas la force de continuer ce genre de discussion, il faudra qu’il cherche d’autres compagnons…

Nous remballons toutes nos affaires et cheminons vers la ville la plus proche avec pour mission de remplir près de 20 litres d’eau potable. Un peu galère à ramener mais nous tout est possible quand on veut. De retour à Kavaroutripes, nous installons notre tente entre les rochers à une centaine de mètres de notre premier spot, mais dans un environnement encore plus beau.

Les rochers ont une forme bien particulière, certains ont d’ailleurs étés taillés par des artistes pour reproduire des formes de corps de femmes. Athos dans toute sa masculinité n’a qu’à bien se tenir !

endormie...

Les jours passent et chaque jour nous décidons de rester un jour de plus. Tous les matins nous faisons du yoga ou de la méditation, regardons la mer, écrivons nos carnets de voyage puis allons nager avant de revenir écrire ou faire une sieste, etc.

On se réveille, on ouvre la porte et... si on faisait une photo juste pour rendre nos amis jaloux?

A deux pas de notre tente


5. Crevaisons, mouches et orages


Après une petite semaine de repos, nous reprenons la route vers le nord. Nous croisons deux cyclistes Allemands qui reviennent de Chine ! Nous parlons longuement de l’Asie centrale, de l’Inde et d’anecdotes de voyage. Ils sont sympas mais lorsque je regardons la photo que nous avons prise ensemble, je pense que nous n’avons pas tout à fait le même style vestimentaire en vélo 😉

Deux cyclistes allemands qui reviennent de Chine !

Un bateau à Halkidiki

La route nous parait plus facile qu’à l’aller mais tout aussi magnifique. Nous faisons une pause dans un village au Nord de Sithonia, puis cherchons un spot pour la nuit. Comme d’habitude, nous trouvons une plage déserte et nous y installons nos tapis de sols. Allongés dans l’obscurité sous les étoiles, nous nous apprêtons à dormir lorsque nous entendons deux personnes s’approcher. Un couple. Ils s’installent à quelques mètres de nous sans avoir remarqué notre présence. La suite est un peu cliché : bière, baignade puis baise… nous sommes aux premières loges et nous voudrions bien dormir.

Réveil !

Nous longeons toujours la côte, la route surplombe de petites criques aux eaux azur et la plupart des plages sont désertes car, même si la chaleur est toujours omniprésente, la saison touristique touche à sa fin.

C'est beau...

Nos montures en route pour la Turquie !

Après quelques kilomètres, je crève. Nous réparons mon pneu, mangeons un morceau puis à peine de retour en selle, c’est Tina qui crève. Rebelote ! Nous réparons son pneu, repartons, et à peine 100 mètre plus loin j’entends une explosion. Tina regarde sa roue, incrédule. La chambre à air a éclaté ! Nous essayons tant bien que mal de la réparer mais rien à faire, le trou est trop large… Je fais le tour du village pour chercher une chambre à air de 28″ mais notre seul espoir d’en trouver une est une station service à une vingtaine de kilomètres, et c’est un bien maigre espoir. Nous décidons alors de tenter la réparation de la vieille chambre à air de Tina, celle qui est trouée comme une passoire… Je regarde mon vélo, les deux pneus sont encore crevés ! Je crois rêver ! Quelques heures plus tard, Nous n’avons presque plus de rustines et le soleil est déjà sur le point de se coucher, mais nous sommes de retour sur la route !

Voilà ce qui se passe quand on roule dans les buissons !

Avant la nuit, je décide de jeter des kiwis que je transporte depuis plus de 500 kilomètres dans l’espoir qu’ils murissent mais ils sont toujours aussi durs. Ça m’apprendra à marauder des kiwis ! Enfin, Tina en a profité pour apprendre à jongler 😉

Le soleil se couche sur la montagne tandis que nous passons à coté d’une petite chapelle. Nous nous rendons à la chapelle et décidons de passer la nuit dans le jardin adjacent. Nous nous endormons en regardant les ombres psychédéliques projetées sur le mur de la chapelle par les phares des voitures qui passent sur la route en contrebas.

A l’aube, nous avalons un petit déjeuner et reprenons la route dans les collines. J’aime rouler très tôt le matin, dommage que je n’aime pas me réveiller tôt !

Lever de soleil (c'est une photo de Tina... moi je dors encore!)

Nous nous arrêtons régulièrement pour regonfler le pneu de Tina qui ne cesse de se dégonfler mais nous ne trouvons nulle part où acheter une chambre à air de 28″.

Après Arania, nous suivons une petite route dans la forêt où nous sommes attaqués par des escadrons de moucherons. Des milliers de petites mouches tournent autour de nous pendant que nous grimpons, elles nous rentrent dans les yeux, le nez, la bouche, se collent à nos teeshirts, Tina pédale comme une folle pour leur échapper mais dans la montée, impossible de s’en défaire pendant des kilomètres ! C’est un des pires souvenirs que nous aurons de la Grèce…

Après l’épisode des mouches nous arrivons une nouvelle fois en vue de la mer, une descente mémorable nous attend ! Petite pause à Olympiada. En regardant les serviettes toutes moches qui pendent devant un quelconque magasin de souvenirs, je me rends compte combien le côté malsain du tourisme de masse m’énerve. Cela déclenche un débat passionné entre nous. Nous en venons à ce que nous ferons l’année prochaine. Nous voulons voyager ensemble mais aussi passer dans des écoles pour sensibiliser les gamins à des sujets qui nous sont proches comme l’agro-écologie et la tolérance…

De retour sur nos fidèles destriers, nous longeons à nouveau la côte vers le nord. Cette fois la route est moins jolie qu’elle ne l’était ces derniers jours. Nous faisons tout de même une petite pause pour nous laver dans la mer, puis une autre pause en ville où nous trouvons enfin un magasin de vélo qui vende des chambres à air de la bonne dimension ! Oyez, Amis qui préparez des voyages en vélo, ne partez pas avec des roues de 28″ (700mm) !
Je vais faire les courses pendant que Tina démonte son pneu. Le vendeur est visiblement un peu surpris que ce ne soit pas moi qui me colle aux activités mécaniques, mais il ignore tout des talents de ma bricoleuse !

La journée parait durer une éternité mais cette fois il faut songer à s’arrêter, deux orages semblent foncer droit sur nous. Pas le temps de tergiverser, nous quittons la route et montons notre tente sur la plage. A l’abri dans notre petite maison ambulante, nous scrutons les éclairs, une bouteille de vin à la main.

Photo de l'orage prise depuis notre tente, on ne regrette pas de s'être arrêté.

Réveil sur la plage

Le lendemain matin, après notre baignade quotidienne, nous reprenons la route vers l’Est. Toute la journée nous roulons sous un soleil de plomb et au crépuscule nous arrivons à Kavala. Dans un magasin, je déniche une Tripel Karmeliet (les connaisseurs comprendront mon enthousiasme), ca fait des lustres que je ne me suis pas offert un tel luxe…

Arrivée à Kavala, il fait presque nuit…

Réveil au pied de la forteresse de Kavala

Assis en face de la mer, nous mangeons un morceau en surfant sur l’internet que nous piquons au bar du coin. Il est tard et nous ne savons pas où dormir ce soir. Nous sommes trop fatigué pour reprendre la route à minuit sans savoir même ou aller alors nous décidons d’essayer de dormir à la forteresse qui surplombe la vieille ville. Nous arpentons les rues sombres et étroites du centre ville jusqu’à la forteresse mais les portes sont fermées, il n’y a aucun moyen d’accéder à l’intérieur. Il ne nous reste plus qu’à dormir par terre, en haut des escaliers qui mènent à la forteresse. Toutefois ce luxe se mérite, il faut monter les vélos !

Nous passons finalement une très bonne nuit et au réveil nous profitons d’un superbe lever de soleil sur la baie et sur la ville. Les quartiers résidentiels qui recouvrent les environs ressemblent à un assemblage de petits cubes de lego vu d’ici… Nous avons le sentiment de vivre un moment spécial. La plupart des habitants de Kavala n’ont probablement jamais assisté à un lever de soleil depuis la forteresse. J’aime beaucoup notre façon de voyager 🙂

Lever de soleil depuis la forteresse de Kavala

L’aqueduc de Kavala a été construit par les Turcs en 1530


6. Traversée de la Thrace


Dernière grande étape avant la Turquie, la Thrace. Cette partie de la Grèce n’est que rarement visitée et pourtant cette région a une histoire riche, elle a été traversée maintes fois par les grandes armées pendant l’antiquité. Nous nous rendons compte que depuis un millier de kilomètres, nous suivons à peu de chose près le tracé de la Via Egnatia, cette route construite au deuxième siècle par les Romains pour relier leurs différentes colonies. La route commence en Albanie puis passe tout comme nous par Ohrid, Bitola, Edessa, Thessalonique, Kavala, et rallie finalement Istanbul (que les Grecs appellent encore aujourd’hui Constantinopolis).

Kavala en réflexion...

Minimalisme

Partis tôt le matin, nous quittons la côte et prenons la direction de Xanthi, au nord-est. Sur la route, une voiture ralentit et me parle « Salut, je viens de vous croiser mais j’ai retourné, ça vous plait la Grèce ? Oui ? Alors tiens, voilà du pain et des pâtisseries pour vous donner des forces, profitez bien, je suis content que vous aimiez mon pays… Ah au fait, je m’appelle Nick. Ciao, bonne route ! »

L’atmosphère dans les rues de Xanthi nous parait différente des villes précédentes. Il y a ici un petit coté oriental. Alors que nous sommes tranquillement installés dans le parc, un orage se prépare. Nous cherchons un café où nous abriter et nous y passons toute l’après midi. Il fait presque nuit quand nous sortons du café, pourtant nous reprenons la route pour une quarantaine de kilomètres supplémentaires.

Depuis Thessalonique, nous affrontons le vent de face toute la journée. La nuit, le vent se calme et les températures sont nettement plus agréables. Sur le vélo, nous chantons des chansons tchèques, des histoires de gnomes qui vont chercher des champignons, j’apprends des choses vachement utiles 😉

Lorsque nous arrivons à Lagos (en Grèce, pas au Nigéria !), nous sommes bien décidés à nous arrêter pour la nuit. Nous prenons une petite route puis posons la tente entre des conifères. Ce soir nous ne sommes pas difficiles.

Au réveil nous découvrons avec stupéfaction que nous dormons à quelques dizaines de mètres d’une douche ! Le hasard fait bien les choses, aujourd’hui nous rinçons le sel que nous avons accumulés depuis quelques jours…

Une douche au milieu de nulle part

La région de Lagos est assez jolie. Entre les lacs, nous trouvons un petit monastère orthodoxe aux murs ornés de peintures assez particulières représentant des saints et même des soldats…

Couleurs et géométrie au monastère de Lagos

Pour éviter la route principale, nous avons décidé de suivre la côte dans la mesure du possible mais notre carte n’est pas assez détaillée et n’affiche pas cet étrange réseau de petites routes. Nous passons toute la journée à aller de village en village, faisant demi-tour de temps en temps quand les gens nous expliquent qu’on ne peut continuer. Alors que nous déjeunons dans un jardin d’enfants, un gamin vient nous parler. Lorsque nous partons, il roule à mes cotés jusqu’à la sortie du village…

Hum... encore un orage en perspective

Musique

En fin de journée, nous passons à coté de champs de coton. Je me demande quel pourcentage de gens se posent la question de savoir d’où vient le coton qu’ils utilisent ?

Travailleuses dans des champs de cotons

Après avoir longuement hésité sur la route à suivre (les quelques personnes à qui nous demandons nous disent toute quelque chose de différent), nous trouvons un petit chemin de terre qui nous emmène jusqu’à la mer. Enfin !

On a finalement trouvé un chemin !

Encore une fois nous roulons de nuit, un peu frustré de n’avoir pas beaucoup avancé aujourd’hui car Tina doit rentrer en Tchéquie pour son travail dans deux semaines. Elle prendra un avion depuis Istanbul et nous voudrions profiter un peu d’Istanbul avant son départ…

Histoire de serpent :
A la tombée de la nuit, je roule derrière Tina, soudain elle me crie : « Attention ! »
Attention quoi !?
J’aperçois au dernier moment un serpent juste devant mes roues « Pfiout ! Pfiout ! » , ça a du lui faire mal 🙁

Nous passons la nuit une nouvelle fois sur une plage. Le lendemain nous reprenons la route vers l’est puis nous sommes obligés de faire demi-tour car nous sommes dans un cul de sac ! Nous sommes séparés de la route principale par des montagnes, mais nous n’avons pas le choix, il faut revenir sur nos pas. Je maudis notre idée de suivre la côte qui nous a perdus plus d’une journée de vélo. A midi, nous arrivons finalement à Alexandroupolis. La ville est somme toute assez moderne. Nous passons notre chemin, traversons un banlieue poussiéreuse puis dormons sur une plage près de l’aéroport.

Coucher de soleil vers Alexandroupolis

C’est notre dernier jour en Grèce ! Nous prenons rapidement une douche puis prenons la direction d’Istanbul. Quelques kilomètres avant la frontière, nous enfilons nos gilets de sécurité et rejoignons l’autoroute car il n’y a aucune autre route qui passe la frontière à moins d’aller 50 kilomètres plus au nord…

En vélo sur l'autoroute... à nous la Turquie !

Sur la bande d’arrêt d’urgence, nous pédalons contre le vent sur une autoroute étonnamment déserte. Seuls quelques camions nous doublent de temps à autre. Lorsque nous arrivons à la frontière, il nous reste un peu moins de 300 kilomètres d’autoroute avant Istanbul…

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 Posted by at 1:17 am

  2 Responses to “19. Grèce”

  1. Tes photos sont vraiment classes ! Tu les retouches au fur et à mesure sur un PC ? Tu utilises quoi comme PC et comme logiciel ?

    Bon, vous serez en Iran largement avant l’hiver ?

    Bonne route !

    Benjamin.

  2. Salut Benjamin,
    Merci pour les photos 🙂
    Oui je les retouche plus ou moins, elle sont prises en RAW en fait du coup je règles quelques petits trucs avant de les exporter en JPEG.
    C’est le post de l’année dernière, hehe, je suis un peu à la bourre pour écrire ouais… On part mi-juillet et on pense qu’on sera en Iran autour de mars 2013 comme je t’avais dit mais on n’est jamais à l’abri d’un changement 😉
    Ciao,
    JP

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