12. Le nord de la Croatie

 


1. Une plage sur la Dráva
2. Une rencontre hors du commun

1. Une plage sur la Dráva


Baignade dans les eaux troubles de la Dráva

Dès les premiers kilomètres dans la campagne croate, nous sentons un certain contraste avec la région viticole de Villany que nous venons de traverser. Le nord de la Croatie est indéniablement plus pauvre. Dans les villages, nous voyons beaucoup de des maisons rapiécées attenantes à des granges en bois. Les poules courent dans les jardins, ça sent bon la campagne !
Sur la route les voitures nous doublent comme des bolides et ne semblent pas ralentir leur course effrénée dans les villages. Nous prenons la route principale pour Osijek mais elle s’avère trop dangereuse alors nous cherchons une échappatoire. Finalement, nous escaladons deux barrières de sécurité, descendons un talus pour continuer sur un chemin de terre qui longe la rivière Dráva (un affluent du Danube). Il est midi, mon compteur affiche 48 degrés et nous sommes à bout de forces alors nous décidons de faire comme les locaux : une petite baignade dans les eaux troubles de la Dráva !

Osijek, depuis la plage sur la Dráva

Osijek est la quatrième plus grande ville de Croatie et pourtant, ce dimanche, les rues sont vides et la ville semble morte. A vrai dire je comprends que personne ne sorte, il fait tellement chaud… Nous nous rafraichissons quelques instants dans la fontaine, mais même trempés, nous n’osons pas rouler dans cette fournaise alors nous décidons de nous arrêter à une plage improvisée sur la Dráva. Les gens se baignent et les gamins batifolent dans une atmosphère de camp de vacances. Lorsque nous reprenons la route, le soleil est sur le point de se coucher. Nous roulons encore un moment à la recherche d’un lac qui figure sur notre carte. Autant ne pas prendre de risques à trop se cacher ce soir car la région est encore minée depuis 1994.

Pêcheurs

Au bout d’un chemin de champ, nous trouvons finalement le lac que nous cherchions. Avec nos lampes, nous distinguons vaguement la végétation qui recouvre la surface du lac. Les grenouilles croassent et sautent à droite et à gauche au fur et à mesure que nous avançons dans l’obscurité. Sur la berge, nous remarquons quelques barques abandonnées. L’endroit est assez flippant mais nous essayons de faire taire notre imagination parfois un peu trop débordante. Nous voilà donc installés, je vais chercher du bois pendant que Tina prépare le feu puis nous mangeons dans une cacophonie de croassements. « Plic »… « Ploc »… les grenouilles nous sautent dessus, les plus zélées sautent même dans le feu ! Je n’ai rien contre les grenouilles mais j’ai malencontreusement installé mon vélo dans une fourmilière et j’ai une bonne centaine de piqures sur les jambes, ce qui me rend particulièrement irritable… Définitivement, cette nuit nous monterons la tente pour nous protéger d’une faune un peu trop vorace !

Le lendemain matin deux pêcheurs sont installés non loin de notre tente. Après un copieux petit déjeuner nous reprenons la route.

2. Une rencontre hors du commun


Un chien sur le vélo ?!

Plutôt que de rejoindre la côte Croate probablement bondée de touristes à cette période de l’année, nous avons décidé de continuer à l’est, en Serbie. A quelques kilomètres de la frontière Serbe, nous nous arrêtons pour demander de l’eau à des gens assis dans leur jardin. Une femme s’approche et, dans un anglais parfait, elle nous invite à leur table :
Elle : « Café ? »
Nous : « Oh non merci il fait trop chaud… »
Elle : « Non, il ne fait jamais trop chaud pour du café ! »
Elle nous apporte donc deux tasses de cafés mais aussi de la bière, de l’eau, des sirops, et entame la discussion avec un enthousiasme non dissimulé. Elle est Croate mais son mari est Serbe. Nous parlons de la guerre de Yougoslavie et comme souvent dans les Balkans, ils nous disent que les gens ne sont que les victimes des régimes politiques. A nous qui voyageons en vélo, il nous parait bien évident que les gens qui vivent de ce coté de la frontière Serbo-croate ne doivent pas être très différents des gens qui vivent à une dizaine de kilomètres d’ici, de l’autre côté.

Tina et ce couple Serbo-croate

En plus du café, cette famille nous offre deux kilos de concombres. Nous essayons de leur expliquer que nous n’avons pas beaucoup de place sur nos vélos mais après bien des refus nous nous retrouvons tout de même avec un deuxième sac de tomates, puis un troisième de pommes de terre, un quatrième de haricots, du persil frais, du basilic, un pot de confiture maison et un paquet de gâteaux. Alors que la table du jardin est déjà pleine de provisions, le mari m’invite dans leur maison, prend une hache puis ouvre le congélateur et commence à découper des bouts de viande congelés ! J’essaie de lui dire que nous ne pourrons pas manger tout ça mais ils insistent pour tout nous donner. Après avoir refusé leur invitation pour rester chez eux cette nuit et aller pêcher des poissons sur le Danube, ils décident de nous accompagner en vélo avec leur chien jusqu’à la frontière Serbe…

Il y a près d’un demi-siècle, Nicolas Bouvier écrivait que « les Balkans sont le cœur de l’Europe ». C’est encore le cas aujourd’hui…

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