08. Le sud de la Pologne

 


1. Les Tatras polonaises
2. Zakopane
3. Sur la route de Cracovie
4. Cracovie
5. Auschwitz en colère
6. Retour vers l’ouest

1. Les Tatras polonaises


Dans un village de montagne

J’arrive en Pologne par une petite route de montagne. Bien que j’aie choisi cet itinéraire pour son panorama, je ne profite guerre de la vue sur les Tatras car les nuages sont bas et le temps est à la grisaille. Dans ces villages de montagne, le temps semble s’être arrêté. Une vache attachée à une corde broute le long de la route devant une maison. Une petite vieille enroulée dans un fichu bêche son jardin. Un petit vieux assis sur une charrette tirée par un cheval me sourit. Un homme adossé à une clôture me salue d’un geste nonchalant de la main… Mon passage laisse rarement indifférent.

Vue sur les Tatras, un brin assoiffé

Plus tard dans la journée je rate la route qui mène à Zakopane et me retrouve à nouveau en Slovaquie. Je ne regrette pas ce détour qui m’a permis d’admirer finalement un beau panorama sur les Tatras. Les derniers kilomètres avant Zakopane sont difficiles. La route ne cesse de monter, je n’ai plus une goutte d’eau et il n’y a pas de village dans les environs. J’engouffre un paquet complet de biscuits pour me redonner un peu d’énergie. Lorsque j’arrive finalement à un village un peu avant Zakopane, je tends ma bouteille vide à un homme, et il me répond avec un air intrigué « Vodka ? », « Ne, voda ! water ! wasser !». Le soleil déclinant recouvre les montagnes d’une lumière dorée, je me délecte de la beauté de ces derniers kilomètres avant Zakopane.

2. Zakopane


Randonnée dans les Tatras depuis Zakopane

A Zakopane, je suis accueilli par un couple de Polonais : Justyna et Kuba. Pendant quatre jours nous partageons la même chambre, cuisinons ensemble, nous dégustons des spécialités locales chez leurs amis qui tiennent un resto au bas de la rue et aussi chez les parents de Kuba. Nous organisons une randonnée dans la montagne, puis nous nous relaxons dans une source thermale en Slovaquie ! Justyna et Kuba insistent pour tout m’offrir… Ils sont la preuve vivante que, contrairement aux pays, l’hospitalité et la bonté n’ont pas de frontières.

Justyna

Pendant ces quelques jours, Je m’occupe avec mes hôtes de quatre magnifiques petits chats âgés de deux semaines et dont la mère est morte écrasée par une bagnole. Les automobilistes, grisés par le désir de vitesses, ne savent rien du carnage routier, des innombrables chiens et chats qui pourrissent dans les buissons. C’est pourtant le quotidien des cyclistes…

J’ai envie de citer une petite anecdote avant de reprendre la route : Justyna me raconte qu’elle connait une famille qui n’a pas de télé. Lorsque l’enfant à raconté à l’école qu’ils n’avaient pas de télé la maison, l’école a contacté les parents pour leur proposer une collecte afin de les aider à en acheter une ! Les parents ont eu bien du mal à expliquer à la prof qu’il ne s’agissait pas d’une question d’argent mais d’un choix de vie…

3. Sur la route de Cracovie


Un village au Nord des Tatras

Sous un soleil éclatant, je prends la route pour Cracovie. Je m’arrête une dernière fois vers une de ces petites huttes en bois typiques de cette région où les bergers font fumer l’oscypek, un délicieux fromage de brebis. J’en achète d’ailleurs deux ou trois pour la route. Même si je dépense très peu, j’essaie d’être attentif et de toujours encourager les petits producteurs en achetant local, et en plus c’est meilleur 😉

A mesure que je m’éloigne des montagnes, les villages deviennent plus impersonnels et les traditionnelles maisons de bois aux balcons sculptés cèdent progressivement leurs places aux maisons ordinaires. Je m’arrête pour boire une bière à une terrasse dans un village, j’en profite pour écrire un peu, je prends mon temps, je me sens libre… Après 80 kilomètres, je décide de chercher un endroit pour la nuit sur une colline. Je plante ma tente, me prépare une petite soupe et regarde le coucher de soleil avant de m’endormir. Après la turbulence du trafic, enfin le silence !

Stop ?!

Le lendemain, après une heure de qigong, je reprends la route vers le nord et peste contre les chauffards ! Je déteste ces longs virages à droite que certains conducteurs prennent à la corde à une allure folle. C’est justement dans un de ces virages qu’un écervelé vient de partir en dérapage derrière moi, surpris par ma présence sur la route. Heureusement plus de peur que de mal, il s’en va doucement en me faisant signe de la main… Les routes nationales, plus larges, ne posent pas ce problème mais elles sont trop fréquentées par les camions et en Pologne, certains camions me doublent en laissant à peine dix ou vingt centimètres à ma gauche, je reste alors concentré pour ne pas faire le moindre écart et les yeux rivés sur mon rétro, pas tellement agréable. Toutefois, la route vallonnée que je suis pour me rendre à Cracovie est plutôt jolie sous le soleil.

4. Cracovie


Vookie à Cracovie

Après avoir tournicoté une bonne heure autour de Cracovie pour éviter de rouler sur le périph, je me retrouve finalement sur le périph ! Je pédale à une vitesse folle pour échapper aux chauffards assoiffés de vitesse. Je préfère me perdre pendant des heures dans petites rues des quartiers plutôt que de risquer une transformation inopinée en sauce tomate ! Après moult détours, je retrouve en face d’un café mon pote Vookie chez qui je vais passer quelques jours. Je peux enfin remplacer ma sacoche avant cassée depuis plus de mille kilomètres. Cyclo-randonnée m’a envoyé une nouvelle paire de sacoches gratuitement à Cracovie en échange de la vielle !

Une Polski bien décorée

L’atmosphère de Cracovie avec ces petites ruelles est très agréable : beaucoup de jeunes dans les rues, des cafés, de la musique et un ancien quartier juif devenu le centre de la vie culturelle. Etrange coïncidence : alors que je m’abrite sous un pont pour échapper à la pluie, je rencontre un mec avec qui j’avais discuté à Nottingham deux ans plus tôt. Nous en profitons pour prendre un café. Pour fêter ma dernière soirée à Cracovie, nous nous rendons chez des amis de Vookie avec quelques bouteilles de vodka polonaise. La soirée s’éternise, beaucoup de musique, de bonne humeur et de vodka. Un vague souvenir de manger des glace à quatre heures du matin dans la cuisine de Vookie. Le lendemain sera difficile…

5. Auschwitz en colère


Auschwitz

J’ai profité de ces quelques jours à Cracovie pour me rendre à Auschwitz. Dans le bus bondé de touristes, assis dans une position assez inconfortable, je comprends soudain tout le bonheur inhérent au voyage en vélo. J’ai le sentiment d’être enfermé dans une boite ambulante. Derrière la vitre crasseuse, la nature se transforme en un défilé incessant d’images statiques, sans vie, sans odeur, sans le vent qui fouette mon visage, sans pouvoir m’arrêter et regarder autour de moi, me sentir appartenir à ce monde, ressentir un peu de cette harmonie, de la beauté de cette nature à qui nous devons la vie… Non, ici le siège me gratte, le bruit du moteur me fatigue, les secousses me talent, l’air est étouffant et les propos débilisants de ma voisine alors que je lis Pierre Rabhi me consternent. Je me sens étranger. Jamais je n’ai trouvé un trajet en bus aussi avilissant !

Auschwitz

Arrivé à la gare de bus de la commune de l’ancien camp nazi d’Auschwitz, je suis submergé par le sentiment d’être en face d’un triste parc d’attraction. Les pères de familles en bermuda s’esclaffent un sandwich à la main, les ados friment devant les filles avec leurs Ipods, les gamins courent et rigolent… Je traverse la foule dans ma bulle et m’insère dans une queue pour un billet. Le coté marketing m’écœure et les touristes avec leur attitude de vacanciers me donnent la nausée mais je n’ai d’autre alternative que de consentir ou partir. Une fois au guichet, on m’explique que je ne peux pas visiter le camp sans groupe, mais il est hors de question que je rejoigne un groupe pour suivre un petit drapeau comme un toutou. Je ne peux concevoir cette visite sans un minimum d’espace et d’intimité… Face à mon désarroi, la vendeuse me chuchote que je pourrai rentrer gratuitement et sans ticket après 16h. J’achète donc un livret sur l’histoire du camp et je m’en vais loin du troupeau pour apaiser ma colère et lire…

Auschwitz

Il est 16 heures et je visite Auschwitz comme des milliers de touristes chaque jour. J’ai le cœur serré, les larmes aux yeux quelques fois, quand ca déborde. Face à toute cette souffrance qui dépasse l’entendement, j’erre dans les couloirs, silencieux, tourmenté… Dehors, une jeune fille prend une pose sexy devant un bâtiment pendant que son petit copain la prend en photo. Je regarde cette scène déplacée mais ne ressens ni colère, ni dégout, seulement un grand vide… L’espèce humaine me sidère parfois dans son obstination, dans sa cruauté, mais ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, c’est d’être témoin d’un tel détachement.

6. Retour vers l’ouest


Une curieuse association…

Lorsque je quitte Cracovie, Vookie m’accompagne en monocycle sur une vingtaine de kilomètres. Nous attirons le regard des curieux qui trouvent probablement l’association d’un monocycle et d’un vélo surchargé assez incongrue. Plus tard, je continue seul vers l’ouest en direction d’Ostrava. La route, assez plate et monotone est une fois de plus le terrain de jeu des chauffards. Je me fais doubler par deux voitures qui roulent de front, des abrutis braillent par les fenêtres ouvertes en se faisant coucou. Plus tard je me fais doubler par un camion qui se fait lui-même doubler par un camion. Il va falloir s’habituer…

La famille qui m’a invité au barbecue

Après avoir cherché une bonne heure un endroit où planter ma tente en empruntant des chemins de terre qui ne menaient qu’à des marécages, je passe dans une ruelle et tombe nez à nez avec une famille qui fait un barbecue à coté de la route. Ils me font signe de m’arrêter puis me tendent une bière et une saucisse… L’oncle semble avoir un petit coup dans les nez et me tape joyeusement sur l’épaule en m’appelant tantôt Simon, tantôt Philippe, tantôt Mickael et en ajoutant « Good man ! Good man ! ». Personne ne parle anglais mais tout le monde est enthousiasmé par ma présence. Après moult bavardages, ils m’invitent à planter la tente en face de chez eux et chacun essaie de m’aider à la monter. Avant de me laisser, le père me demande si je veux un café au réveil demain. J’acquiesce, puis il ajoute « Ok, café ! 5 a.m.! »

Sunrise on my tent

Réveil à 4h30, le soleil n’est qu’une lueur dans la brume à l’horizon. Ma tente est complètement trempée par la rosée et je l’essuie comme d’habitude avec une serviette pour enlever le plus gros. Je remballe mes affaires, bois mon café accompagné d’un reste de riz au thon et d’un Horalky en guise de petit dej puis je reprends la route vers l’ouest. Le paysage est monotone. A 11 heures, j’ai déjà parcouru 90 bornes et je suis à la frontière Tchèque, de retour en Moravie après une boucle de 2000 kilomètres par l’Autriche, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne.

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 Posted by at 11:24 am

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